Hébergement Airbnb: un manque de volonté politique

POINT DE VUE / L’hébergement touristique de type Airbnb connaît une croissance inquiétante à Québec. En deux ans, le nombre total d’offres de location a augmenté d’environ 50%. Selon les données compilées par AirDNA, actuellement sur les quelque 3200 annonces actives situées dans la Ville de Québec, 2419 sont des logements entiers. C’est environ 1000 logements de plus offerts sur les plateformes de location touristique qu’à l’automne 2017.

L’arrondissement La Cité-Limoilou est particulièrement affecté par la progression vertigineuse de ce type d’hébergement. Dans les quartiers populaires de Québec, historiquement composés en grande partie de ménages locataires à revenus modestes, tels Saint-Jean-Baptiste, Saint-Sauveur, Saint-Roch et Vieux-Limoilou, on peut estimer que 2 % à 3 % du parc de logements est exclusivement réservé à la location pour touristes.

Les conséquences ont été dénoncées à maintes reprises par les groupes populaires: éviction de locataires, diminution du stock de logements locatifs, effets inflationnistes sur le coût des loyers, gentrification, effritement du tissu social dans les quartiers, dérangement, trouble de voisinage, etc.

Que fait l’administration Labeaume pour remédier au problème? Pas grand-chose. Dans un texte du journaliste Marc Allard publié dans Le Soleil lundi dernier, on apprenait que seulement quelques dizaines de constats d’infraction ont été remis depuis le 1er janvier 2019. Pourtant, une écrasante majorité des annonceurs sont dans l’illégalité.

La nouvelle réglementation municipale sur l’hébergement collaboratif, entrée en vigueur le 30 septembre, est un autre exemple du manque de volonté politique de l’administration Labeaume. La limite de 90 nuitées par année pour la location d’une résidence principale à des touristes est beaucoup trop élevée. Qui plus est, lors des consultations tenues en avril dernier, la Ville indiquait qu’elle n’avait pas l’intention d’engager d’inspecteurs supplémentaires et reconnaissait que cette règle serait difficile à faire respecter.

Le parc locatif s’effrite. Les taux d’inoccupation ont connu une baisse marquée ces deux dernières années. Il y a même pénurie de logements locatifs dans certains secteurs de Québec.

L’hébergement de type Airbnb contribue à précariser la situation. La marchandisation à outrance du logement, qui sert les intérêts de la multinationale Airbnb, se fait au détriment des locataires les moins nantis. Alors qu’elle s’apprête à mettre à jour sa Politique de l’habitation, la Ville de Québec doit réagir avec diligence et mettre les ressources nécessaires afin de protéger le parc de logements locatifs et le droit au maintien dans les lieux des locataires.