L’activiste suédoise de 16 ans Greta Thunberg était présente lors de la marche du 27 septembre à Montréal pour lutter contre les changements climatiques.

Greta contre Goliath

POINT DE VUE / La jeunesse est en révolte. Greta Thunberg, l’activiste suédoise de 16 ans qui a réussi à attirer l’attention de l’ONU lundi dernier, était présente lors de la marche du 27 septembre à Montréal pour lutter contre les changements climatiques.

Pourtant, elle se fait critiquer sur son âge, son physique et son autisme par différentes personnalités publiques, notamment le philosophe Michel Onfray dans son texte intitulé «Greta la science». Selon nous, Greta est la personne idéale pour représenter les jeunes pour le climat.

On dit de Greta qu’elle utilise ce mouvement pour éviter d’aller à l’école puisqu’elle sèche les cours pour faire des manifestations et que les jeunes qui décident de prendre part au mouvement ne le font que pour pouvoir eux aussi sécher des cours. «Un troupeau de moutons», écrit Onfray. Il reproche implicitement à Greta d’inciter des millions de jeunes à la suivre. Le philosophe fait une généralisation en supposant que tous les jeunes qui vont manifester ne savent pas réfléchir. Pourtant, ce n’est pas pour manquer des cours que les étudiants de Brébeuf ont choisi de ne pas se présenter en classe vendredi. Nous avons fait une demande de changement d’horaire avec un vote. Tous les cours vont avoir lieu, seulement à un autre moment.

La jeune activiste ne cherche pas à «agenouiller» les adultes, mais à dénoncer les pratiques et les modes de vie qui nuisent à l’environnement. Bien qu’Onfray la traite d’enfant-roi, Greta est une fille qui ne se laisse pas faire, ne tient rien pour acquis et travaille fort pour faire une différence partout où elle marche; ce n’est pas vraiment la définition d’enfant-roi! Dès l’âge de 15 ans, elle a pris les choses en main et est allée protester devant le parlement suédois afin d’attirer le regard des hommes politiques. Devinez quoi? Un an plus tard, elle n’a toujours pas baissé les bras. Il ne faut pas percevoir cet acte de leadership comme «un enfant qui fait la leçon aux adultes», il s’agit plutôt de conscientiser tout le monde à la situation actuelle.

L’âge n’est qu’un nombre, et les adultes ne sont pas à l’abri de toutes critiques. Si Greta est un bon modèle, c’est parce qu’elle n’a pas peur de remettre l’autorité à sa place. Le réchauffement climatique est une cause très importante pour la survie des humains, mais les adultes au pouvoir n’ont pas l’air de la prendre au sérieux. Les enfants ont eux aussi leur mot à dire. Parfois, il faut des personnes comme Greta pour donner l’exemple et mener les combats que d’autres n’osent pas approcher.

D’autre part, sa soif de connaissances fait de Greta une militante informée. Manquer l’école ne signifie pas que l’on manque de culture, toutes nos connaissances ne proviennent pas que de l’éducation scolaire. Elle s’instruit en lisant des rapports comme le GIEC, qui lui permettent d’en apprendre plus. Dans son Ted Talk «The disarming case to act right now on climate change» Greta montre non seulement que ses absences chaque vendredi ne l’empêchent pas d’être une fille éduquée, mais qu’elle est aussi indifférente envers le jugement erroné que portent certains individus sur son autisme.

Dire que Greta possède un visage de cyborg sans humeur n’est pas une bonne manière de la décrire, c’est même condescendant. Il semblerait qu’à défaut d’avoir des arguments substantiels, Onfray se soit résolu à l’attaquer sur son physique. Il va même jusqu’à évoquer son autisme, en s’appuyant de nouveau sur cette attaque pour soutenir un argument peu solide, comme un estropié s’appuie sur une béquille. Cet argument fallacieux est le stratagème ultime selon Schopenhauer : attaquer la personne au lieu de ses idées. À quel point faut-il être désespéré pour insulter une jeune fille sur son physique plutôt que sur ses actions?

Enfin, est-ce si horrible de faire de l’avenir de la planète une priorité? En 2019, si les «grands» ne sont pas prêts pour le changement, il faut bien que quelqu’un d’autre s’en charge. On nous dit que nous sommes l’avenir, mais dès que l’un d’entre nous ose lever la main et dire d’une voix timide «pouvons-nous parler concernant les décisions qui affecteront notre futur?» on lui tape sur les mains et on lui dit de rester à sa place pendant que les «grands» se chargent de ruiner notre planète une bonne fois pour toutes.

Malgré son jeune âge, Greta prouve aux jeunes qu’ils peuvent utiliser leur influence. C’est ce que nous avons fait ce vendredi. L’âge ou le physique ne permettent pas de dire si une personne est capable de défendre une cause. Manquer l’école pour sensibiliser les gens sur un enjeu aussi important n’est pas une mauvaise idée, et dénoncer les actions qui nuisent à la planète ne rabaisse pas les adultes. Greta est un exemple à suivre et non un dont on peut se moquer. Elle est le modèle parfait pour représenter la lutte des activistes contre le réchauffement du climat.

Texte collectif d’étudiant.e.s du collégial du collège Jean-de-Brébeuf