Selon l'auteur, la carrière politique de Gabriel Nadeau-Dubois se prépare depuis longtemps, ce que son équipe cherche à dissimuler derrière une campagne de mise en récit.

Gouin, ou la prochaine étape du parcours d'un ambitieux

Ceux qui se connaissent une vulnérabilité ont cette vilaine tendance à un peu trop marteler un message qui fait diversion, et ils révèlent souvent la faille à force de trop vouloir la cacher.
J'ai eu, ces derniers temps, plus d'une occasion d'entendre Gabriel Nadeau-Dubois. Ce qui m'a étonné, chaque fois, c'est cette étrange façon d'insister sur le caractère désintéressé de chacune des étapes de son parcours. S'il a d'abord entamé sa carrière dans le mouvement étudiant comme responsable de l'organe officiel de l'ASSÉ, ce n'est pas parce qu'il convoitait cette position, mais parce que certains amis lui avaient dit qu'ils l'y voyaient. Si, par la suite, il s'est hissé au poste de co-porte-parole de la même organisation, ce n'est toujours pas parce qu'il voyait une façon de progresser dans son ascension, c'est encore une fois parce que des amis lui avaient suggéré qu'il avait toutes les qualités d'un bon porte-parole. En 2012, selon ce qu'il en dit, Gabriel Nadeau-Dubois se serait donc presque retrouvé malgré lui au coeur du printemps érable. 
Il confesse ensuite un certain égoïsme : il aurait imaginé la campagne «Faut qu'on se parle» par crainte de devenir cynique, alors que, quatre ans après les manifestations étudiantes, une sévère campagne d'austérité sévissait sans soulèvement majeur au sein de la population. Il lui fallait donc, pour lui-même et avant de perdre toute foi en la démocratie, renouer contact avec cette population étrangement silencieuse. Confession d'un moindre péché («mignon», dirions-nous) pour en dissimuler un plus grand? Voyons encore un peu plus loin.
En voyage au Mexique, après cette tournée de retour aux sources, il reçoit un courriel de Françoise David l'informant de sa démission prochaine et l'encourageant à songer à l'avenir de son engagement. Pour Gabriel Nadeau-Dubois, le message ne pouvait pas être plus clair. Malgré lui, encore une fois, il fallait qu'il s'y colle. Il devait non seulement présenter sa candidature à l'investiture solidaire dans Gouin, mais également tenter de remplacer Andrés Fontecilla qui, par un pur hasard, venait de laisser sa place comme porte-parole masculin du parti.
Au sujet des trois étapes de son engagement militant, le candidat de Québec solidaire dans Gouin insiste donc sur son désintéressement. Mais ce «parcours sans faute», comme certains le nomment, est-il vraiment le fruit du hasard? Ou peut-on poser certaines questions? 
Est-ce le courriel de Françoise David qui a «contraint» Gabriel Nadeau-Dubois à s'imaginer cet avenir politique? Ou, comme certains le disent ouvertement, la campagne «Faut qu'on se parle» n'est-elle pas plutôt la plus récente rampe de propulsion d'une carrière politique que le passage par le «club-école» de la gauche montréalaise (l'ASSÉ) avait déjà lancée? Est-ce un hasard si derrière «Faut qu'on se parle» et derrière sa campagne actuelle, on trouve une ancienne attachée politique d'Amir Khadir (Josée Vanasse)? 
La carrière politique de Gabriel Nadeau-Dubois se prépare depuis longtemps, et c'est ce que son équipe cherche à dissimuler derrière une campagne de mise en récit (storytelling) un peu grossière pour le moment. Certaines voix s'élèvent déjà au sein du parti pour dénoncer l'ambition d'un chef qui ne correspond pas tout à fait à l'idée qu'on s'y fait d'un porte-parole. Ce que cette ambition nous indique, plus largement, c'est que ce parcours ne s'arrêtera vraisemblablement pas au siège de chef de la troisième opposition, à Québec.
Bertrand Saint-Gelais, Québec