Gilles, Claire et 500 réfugiés

Ils s'occupent des réfugiés depuis 37 ans, et ils n'ont pas fini, à ce qu'on comprend, pour peu qu'on les écoute parler sobrement de leur engagement.
Toute l'histoire a commencé avec les boat people en 1979. À la suite d'une demande au curé de la paroisse Saint-Yves pour accueillir des familles de cette misère lointaine, un comité s'est formé et le parrainage a commencé avec toutes les démarches qui s'y rattachent. Comme marguillier, Gilles Jolicoeur s'est fortement impliqué, et il a amené sa femme Claire dans l'aventure. À ce jour, plus de 500 personnes ont été installées ici grâce à la générosité des paroissiens et du public en général, et aussi au bon sens d'organisation des âmes de bonne volonté sous sa présidence.
Avec Claire, il a reçu des gens du Cambodge, du Viêtnam, du Laos, de la Croatie, du Rwanda, etc. Malgré six enfants et les deux grand-mères à la maison, leur coeur était assez grand pour panser les plaies de ces malchanceux de la vie et il leur arrivait même de les inviter à leur table de temps à autre. Le gouvernement n'offrait que l'allocation familiale et l'assurance maladie. Grâce à des collectes dans les églises et auprès de grands donateurs, ils ont toujours réussi à trouver les fonds qu'il fallait pour leur offrir un nouveau départ.
Faut dire que ces réfugiés venaient pour la plupart de camps de misère, où ils ont connu les vols, les viols, la barbarie, la torture. Lorsqu'ils étaient acceptés par l'immigration, leur coeur se mettait à battre très fort.  
Mais ces nouveaux Québécois avaient et ont toujours un dénominateur commun, ils veulent s'en sortir, et Gilles nous assure qu'ils ont la motivation pour se trouver un travail, que ce soit comme laveur de vaisselle ou n'importe quel autre.
Claire raconte avec émotion qu'elle a assisté à un accouchement, avec interprète afghan pour une jeune femme seule. Elle parle aussi de cette mère de famille qui avait quatre enfants; elle a vu les trois plus vieux se faire tuer sous ses yeux, et a réussi à se sauver avec sa petite dernière. Parrainée par l'État, elle a retrouvé son mari grâce à la Croix-Rouge et ils se sont réunis, ici, à Québec. La première question qu'il a posée à sa femme : où sont les trois autres? Ils ont repris vie commune et ont ajouté un petit frère à la fillette. 
Cette autre petite fille qui avait quatre ans lorsqu'elle est arrivée, et qui, aujourd'hui, a fait de hautes études commerciales, s'est mariée à un avocat et travaille à la Financière Banque Nationale. Le couple Jolicoeur dégage une grande fierté de voir la réussite de ses protégés.
Ils parlent aussi de ce jeune de 18 ans qui voulait faire venir ses parents, trois frères et une cousine. M. Jolicoeur lui a expliqué qu'il fallait trouver les 10 000 $ nécessaires pour leur arrivée ici. Il a travaillé jour et nuit dans deux restaurants et il est revenu quelques mois plus tard avec la somme nécessaire. Ils ont énormément de courage et ils veulent réussir leur nouveau départ.
Pour arriver au Canada à titre de réfugié, ça prend souvent cinq ans de paperasse gouvernementale, c'est donc dire que des enfants ont vu le jour dans ces camps absolument sans confort. Claire me disait qu'il faut même leur expliquer «l'eau chaude» parce qu'ils ne connaissent pas ça. Ils avaient pour toute nourriture, là-bas, qu'une poche de riz et un litre d'huile. C'est un peu comme s'ils recommençaient leur vie à zéro, mais... ils sont habités par l'espoir d'une vie meilleure. Ce qui les frappe ici, d'abord, disait Gilles, c'est la sécurité, ils peuvent sortir le soir sans problème.
Juste en 2016, 16 familles se sont établies à Québec, grâce à ces précieux et généreux collaborateurs. Ils ont vu à leur trouver logement, nourriture, vêtements, transport, écoles, etc. Fallait aussi leur faciliter l'apprentissage de la langue française, mais il semble que Gilles et Claire, qui accusent tous les deux 86 ans, ont encore le feu sacré du dévouement et sont prêts à continuer à donner de leur temps et de leur expérience au comité qui travaille si vaillamment pour que continue l'oeuvre commencée. On ne peut qu'être admiratif devant un altruisme si généreux. Bravo!
Céline Lecours, Québec