Gestion des ponts : Qu’en est-il ?

POINT DE VUE / Monsieur le ministre des Transports François Bonnardel,

Un quotidien du Québec nous a présenté récemment des informations concernant l’état des structures de ponts au Québec. Parmi les renseignements portés à notre connaissance, on trouve une liste de 293 ponts québécois dont les structures sont désignées comme celles qui sont dans le plus mauvais état. Cette liste est basée sur un indice composé de deux chiffres pour chacun de ceux-ci. On explique que l’un des chiffres marque la capacité de la structure à résister aux charges ainsi que son état extérieur. L’autre s’adresse à la détérioration des matériaux. On dit qu’il y a 400 ponts qui nécessitent un remplacement en raison de leur mauvais état. On ajoute que la construction d’une proportion importante de ces structures date des années 1960 et 1970, ce qui signifie, selon le quotidien, qu’elles ont atteint leur fin de vie utile. Voilà des affirmations qui portent à interrogations.

En effet, dans la liste des 293 pires structures, on retrouve le pont du Boulevard Raymond Mailloux à Baie-Saint-Paul construit en 1972. Selon un examen visuel que j’ai fait en 2018, son état est remarquablement excellent. Les surfaces de béton apparent dans les côtés et sous le pont n’ont aucun écaillage ou détérioration visuelle. Quant au béton du tablier, il semble être aussi en excellent état. Cela pourrait être confirmé par un test aux appuis, là où se trouve une partie de l’armature principale. Il n’est pas exagéré d’affirmer qu’avec un peu d’inspection et de mesures préventives si nécessaire, ce pont pourra servir encore pendant nombre d’années.

Il est troublant de constater que le système de gestion des ponts au Québec arrive à la conclusion que le pont ci-dessus, ayant reçu la notation 72/65, est inclus dans la liste des 293 ponts les plus détériorés et des 400 ponts à remplacer. Combien d’autres ponts sont ainsi classés erronément ? Au regard des présentes données probantes, il appert que le système de gestion des ponts au Québec, quoique satisfaisant pour des administrateurs qui ne sont peut-être pas ferrés en génie des charpentes, manque du pragmatisme que l’on connait habituellement aux praticiens en génie civil. Ce système ne semble pas garantir que les méthodes d’analyse en cabinet et sur le terrain, ces dernières n’étant pas dévoilées dans le quotidien, sont valables pour porter de bons jugements et adopter les mesures d’intervention adéquate. Il importe que l’état de nos infrastructures soit mieux connu et que le public sache ce qu’il en est.

Veuillez agréer, monsieur le Ministre, mes salutations distinguées.