Géniale, cette injection de 30 millions $ de fonds publics pour des silos?

À terme, combien de centaines de millions auront été injectés pour doter Québec d’une «Promenade» digne d’une capitale du XXIe siècle (350 000 usagers totalisants 3,5 millions de visites annuellement)? Pour réaliser ce projet ambitieux et coûteux, il aura d’abord fallu vider la côte de Sillery de ses réservoirs de pétrole et décontaminer les espaces.

Cette première étape n’était pas complétée que le Port de Québec s’amenait avec un projet de silos d’alumine au bas des falaises. Pourtant rien ne justifiait qu’on les installe à cet endroit plutôt que dans le secteur industriel du port de Trois-Rivières, ce qui fut finalement fait. En 2019, nous voilà confrontés à un projet de dix silos à grains, partenariat de la Coop fédérée, du Port de Québec et du gouvernement du Québec (30 M$), au moment où sont prévus des travaux de 171 M$ pour la Phase 3 de la Promenade Champlain.

Était-il bien avisé d’injecter 30 M$ de fonds publics dans ce projet privé?

Il est difficile d’en établir la justification économique. Les grains de l’Ouest et de l’Ontario transitent déjà par bateau du port de Thunder Bay (le plus important port céréalier d’Amérique du Nord) vers quatre importantes installations de transit que sont Trois-Rivières/CWB (capacité 110 000 tonnes métriques), Québec/Bunge (225 000 tm), Port-Cartier/Dreyfuss (293 000 tm) et Baie-Comeau/Cargill (468 107 tm). Quelle est la pertinence d’en installer une autre dans le secteur le plus sensible de la Promenade Champlain?

Le projet des Foulons n’en est pas un de «stockage» uniquement. À proximité d’activités de loisir familial, il y aura opérations de tamisage et de nettoyage des grains. Deux immenses nettoyeurs à trémies rotatifs seront installés afin d’éliminer impuretés et autres éléments étrangers. Capacité : 800 tonnes à l’heure. Les dépoussiéreurs suffiront-ils? La démonstration n’est pas faite. Quant aux silos de stockage, ils devront tous être équipés de puissants ventilateurs de toit pour assurer en continu la ventilation du maïs et l’évacuation des gaz et de la chaleur.

Ce centre d’exportation n’est absolument pas incontournable pour les producteurs québécois. Le Québec est davantage un importateur de grains qu’un exportateur. Si la situation a changé récemment, c’est uniquement pour le maïs-grain et il n’y a aucun problème pour en réaliser l’exportation avec les moyens actuels. Les projections indiquent que le Québec sera toujours un joueur très mineur au chapitre des exportations de grains sur le marché mondial.

A-t-on sérieusement considéré l’impact du volet transport terrestre du projet? À quelques pas des aires de repos et des futures installations «balnéaires» circuleront un nombre indéterminé de wagons, de poids lourds. Impossible qu’avec leur lot de poussière et de bruit, ils ne viennent pas abîmer la qualité de l’air et ajouter aux impacts sonores des équipements de déchargement et de tamisage. Pour une bonne part, les poids lourds auront emprunté les ponts avant de s’engager sur la Promenade Champlain.

Deux questions. Comment expliquer qu’on ait mandaté le BAPE pour évaluer de façon indépendante l’impact humain et paysager de la Phase 3 de la Promenade alors que rien de tel n’aura été fait pour les opérations industrielles qui seront déployées à proximité? Comment justifier 30 M$ en octroi du gouvernement du Québec dans un espace politiquement fermé à ses fonctionnaires de l’environnement?

Pierre-Paul Sénéchal

Président du GIRAM