Funérailles d’État ou nationales: deux moyens pour vivre un deuil collectif

Les funérailles d’État de monsieur Bernard Landry et les funérailles nationales de madame Lise Payette représentent un temps d’arrêt salutaire pour vivre un deuil collectif et je retiens que les rituels funéraires sont essentiels à plus d’un titre. Toutefois, je constate qu‘il y a eu deux poids, deux mesures lors de ces deux évènements. Je crois que cela mérite une réflexion sur les rituels funéraires et l’importance de vivre un deuil individuellement, mais aussi collectivement.

Tout d’abord, les rituels funéraires représentent, faut-il encore le rappeler, un moment unique, pour se souvenir de la personne, de ses réalisations, de ses réussites, mais aussi un temps d’arrêt pour mieux ressentir ses déceptions et moments difficiles comme l’a si bien fait connaître le documentaire «À hauteur d’homme» qui relate les difficultés de la vie politique de Bernard Landry en campagne électorale. La période des rituels funéraires en est une favorisant l’expression d’émotions. Une période où nous avons besoin de partager avec d’autres, notre peine pour la perte d’une personne estimée, mais aussi pour se remémorer nos souvenirs et nos joies. Cette fois, je remercie le gouvernement du Québec et son service du protocole de nous avoir permis enfin d’amorcer notre deuil collectivement en tant que simple citoyen du Québec.

En tant que professionnel en rituels funéraires (PRF), j’estime que le processus retenu représente une étape essentielle vers la guérison d’un deuil collectif. Pourquoi? Parce que M. Bernard Landry est une perte pour le Québec, car ses actions et ses réflexions nous ont permis de grandir et d’être fiers de nous même. D’ailleurs, des témoignages venant de tous les horizons politiques ont confirmé la grandeur des réalisations du personnage publique.

Bien sûr, M. Bernard Landry, ex-premier ministre, est une personnalité publique qui a dédié sa vie à la politique. Il est connu et reconnu, tout autant que Madame Lise Payette, qui fut elle aussi un personnage politique qui a marqué son époque. Mais qui se souvient des funérailles nationales de la célèbre animatrice? Ni vu ni connu, diront certains, pourtant elle a fait grandir le Québec autant que M. Bernard Landry. Alors quelle est la différence entre des funérailles nationales et des funérailles d’État, au-delà de certaines cérémonies protocolaires?

La différence réside souvent dans les rituels funéraires retenus par la famille et le service du protocole du gouvernement du Québec. Quelques exemples? Le cercueil de la personne de Monsieur Bernard Landry fut accessible publiquement pendant trois jours (à Québec et Montréal) afin que tous ceux qui l’ont connu puissent lui rendre un dernier hommage. Ce sera un moment unique qui arrive une fois et qui ne se répètera pas. Puis par la suite, ses funérailles se sont déroulées une semaine seulement après l’annonce de son décès. Toutes ces étapes sont essentielles pour vivre notre deuil collectif.

Madame Lise Payette aurait dû avoir un traitement équivalent. Je suis toutefois déçu des funérailles nationales réalisées il y a quelques semaines pour l’ex-ministre et leader féministe, et ce, pour plusieurs raisons. D’une part, le décalage dans la période de temps entre le décès et la cérémonie commémorative ainsi que l’absence de sa personne accessible au grand public. Cette période d’absence de rituels funéraires représente un grand vide. D’autre part, le lieu réservé pour ses funérailles laïques sans rediffusion télé de la cérémonie d’adieu a eu pour effet que peu de personnes ont pu entendre les témoignages en hommage à Madame Payette.

Tout cela a contribué à limiter la période de partage et d’émotions pour ceux et celles qui voulaient se recueillir tout en remerciant cette grande dame pour sa contribution à la société civile québécoise. J’invite humblement le service du protocole du gouvernement du Québec à revoir les rituels laïques lors de funérailles nationales ou de funérailles d’État afin de mieux rendre accessibles les funérailles de personnalités publiques.

Enfin, je me demande si le gouvernement du Québec ne devrait pas aménager un cimetière national à Québec, notre capitale, afin que tous les citoyens du Québec puissent venir rendre hommage aux défunts premiers ministres et aux personnalités qui ont laissé leur empreinte pour faire du Québec une société égalitaire, inclusive et prospère.

Jean Baillargeon

Professionnel en rituels funéraires - PRF agréé