Francophones canadiens : une assimilation programmée?

La très grande différence entre la performance de la langue française au niveau mondial et au Canada pourrait bien résulter d'une tentative d'assimilation encore active de nos jours.
Les célébrations de la Journée internationale de la francophonie du 20 mars ont montré que le français est en expansion dans le monde. Après le chinois, l'anglais, l'espagnol et l'indien, il est cinquième sur un total de 6 000 langues. Comme 60 % de ses 220 millions de locuteurs ont moins de 30 ans, ils devraient être 400 millions en 2025 et plus de 700 millions en 2050. Une croissance qui se fera principalement en Afrique ou sera 80 % des francophones.
Pendant ce temps, le nombre de personnes qui parlent cette langue diminue continuellement au Canada. Si en 2006, 22,1 % des citoyens déclaraient le français comme langue maternelle, ils n'étaient plus que 21,7 % en 2011. La situation est un peu meilleure dans la province du Québec, mais les francophones y reculent tout de même. La portion de la population qui a déclaré avoir le français comme langue la plus parlée au foyer à diminuer de 82,7 % qu'elle était en 2006 à 82,5 % en 2011. Ce sont 72,8 % des Québécois qui parlent uniquement le français à la maison, alors qu'en 2006, ils étaient 75,1 %. Dans la région de Montréal, la part des habitants qui parlent seulement le français à la maison a glissé de 62,4 à 56,5 % en 10 ans.
La raison qui est généralement donnée pour expliquer cette différence entre la grande augmentation des personnes qui parle français dans le monde et leur assimilation au Canada est que ses 7 millions de francophones ne peuvent résister à la pression des 25 millions d'anglophones du pays. Une explication qui peut être remise en question quand on ouvre les livres d'histoire. Après avoir conquis ce pays, les Anglais ont déporté la majorité des Acadiens francophones qui y habitaient en 1755. Cette opération méthodique de purification ethnique conduite par la Couronne britannique a été désignée comme le «Grand Dérangement». Le problème des Acadiens réglés, l'administrateur anglais Lord Durham déclarait en 1839 qu'il était le temps de s'occuper du reste des francophones qui habitent encore le pays. Selon lui, le caractère national qui devait être donné au Bas-Canada devait être celui de l'Empire britannique, la race supérieure destinée à dominer tout le continent de l'Amérique du Nord. Il recommande alors l'union du Bas-Canada où habitaient 450 000 francophones et 150 000 anglophones avec le Haut-Canada où vivaient 400 000 anglophones.
Bien que les francophones aient résisté jusqu'à maintenant à cette tentative d'assimilation qui a miné leur croissance au Canada, la pression reste constante. Les générations futures sont particulièrement visées. En 2014, le secteur universitaire anglophone reste beaucoup plus financé au Québec en comparaison à ce qui est donné aux universités francophones. Alors que les anglophones du Québec comptent pour moins de 9 % de la population totale, les universités anglophones y reçoivent plus de 35 % de l'aide du gouvernement fédéral et 25 % des fonds du gouvernement québécois. Près du tiers des diplômes universitaires sont octroyés par des universités de langue anglaise dans cette province. En plus, les compressions budgétaires décrétées par le gouvernement canadien ces dernières années dans la fonction publique fédérale ont limité le droit des francophones de tout le pays de travailler dans leur langue. Un coup de pouce de l'Organisation internationale de la Francophonie serait bienvenu.