Le musicien François Morel a vu naître la télévision de Radio-Canada où il a contribué à établir des standards de qualité et d’originalité.

François Morel: un magicien amoureux du son

François Morel s’est éteint dimanche soir, un peu avant minuit. Il aurait eu 92 ans le 14 mars prochain.

Ce musicien, orchestrateur-compositeur et chef d’orchestre a représenté pour beaucoup de musiciens de ma génération un idéal, un modèle d’ouverture. C’est le même compositeur qui a écrit l’indicatif musical accrocheur pop-jazz de l’émission télévisée Quelle famille en 1969 et L’étoile noire en 1962, une œuvre pour orchestre aux sonorités d’avant-garde. Les étudiants qui l’auront croisé à la Faculté de musique de l’Université Laval se souviendront d’un professeur rigoureux, rieur et sympathique tout à la fois. 

Issu de la classe de Claude Champagne (1891-1946), il a vu naître la télévision de Radio-Canada où il a contribué de façon marquante à établir des standards de qualité et d’originalité; on se souviendra, entre autres musiques, de l’indicatif musical pour petit ensemble à vent, un bijou d’à peine cinq secondes qui identifiait et caractérisait la Société Radio-Canada, autant qu’il pouvait décrire l’ADN musical québécois. Les orchestrateurs qui l’ont suivi l’auront tous reconnu comme un maître, un magicien, un amoureux du son. 

Cet incessant chercheur (et je dirais même plutôt «trouveur») avait choisi de parfaire ses connaissances par la lecture, l’écoute et… la radio, comparativement à tous ses collègues qui sont allés en France ou ailleurs, à la même époque. Certains le lui auront indirectement reproché; mais il avait une bonne raison d’être demeuré au Québec : il travaillait, il gagnait sa vie en faisant de la musique, lui! Et ces expériences de travail auront grandement contribué à faire de lui ce musicien complet, universel et forcément plus «contemporain» que plusieurs...

Mais par-dessus tout, si on devait se souvenir de lui pour une chose, ce sera pour son empathie doublée d’une joie de vivre communicative. Sa dernière œuvre s’intitule Épars dans le futur. Mais quelque chose me dit qu’il pourrait s’être trompé de titre, parce que je demeure convaincu que le nom de François Morel est inscrit à tout jamais au panthéon des grands musiciens créateurs du Québec. En tout cas, certainement pour moi.

Mes sincères condoléances à sa dame, Claudette, et à son fils Sylvain.

Gilles Ouellet