Fini le droit d’être malade en paix

Si nous pensions avoir tout vu dans notre réseau public de santé et de services sociaux, détrompons-nous.

Notre système de santé est tellement mal en point qu’il rend de plus en plus malades celles qui doivent justement soigner les gens. Partout à travers le Québec, les taux de congés maladie longue durée explosent chez les infirmières et les infirmières auxiliaires.

Ça va tellement mal qu’il y a eu en 2017-2018 plus d’infirmières et d’infirmières auxiliaires qui ont quitté la profession que celles qui y sont entrées. Le nombre de départs, autres que pour la retraite, a bondi de 25% en quatre ans. C’est alarmant! Sans compter que les inscriptions dans les programmes de soins infirmiers diminuent de façon inquiétante dans plusieurs établissements collégiaux à travers le Québec.

À cause de ces conditions de travail de plus en plus difficiles, notre système mine la santé de ses travailleuses et fait fuir la relève. Malheureusement, ça va même beaucoup plus loin. Il existe maintenant une nouvelle maladie transmise par le ministère et les directions d’établissement. Elle prend la forme d’un mode de gestion inhumain des invalidités qui vise à accélérer, voire précipiter carrément, la réintégration au travail à la suite d’une maladie.

Intrusion patronale dans la vie privée

Malgré le fait que les infirmières et infirmières auxiliaires soient si mal en point, fini le temps où une employée pouvait être en convalescence chez elle, se soigner et prendre le temps de se remettre sur pied. Désormais, les directions de nos établissements de santé se donnent davantage le droit d’appeler les infirmières et infirmières auxiliaires en congé de maladie pour leur poser des questions parfois insidieuses sous prétexte de prendre des nouvelles.

Ces interrogatoires intrusifs vont du questionnement sur la prise de médicaments jusqu’aux habitudes de vie (cigarettes, alcool), en passant par l’occupation des temps libres, le poids et tout autre sujet qui ne regarde que la vie privée de la personne.

L’employeur se comporte comme si la personne était entièrement responsable de sa propre maladie, et de son rétablissement, et que lui n’avait rien à y voir. Pourtant, la réalité est tout autre. Pour un grand nombre d’infirmières et infirmières auxiliaires, ce sont justement les conditions de travail malsaines et désorganisées dans le réseau qui les rendent malades.

À l’instar de ce qui se passe dans bien des entreprises privées, notre système public de santé est emporté dans une dérive inhumaine.

La responsabilisation à outrance des individus fait perdre de vue le vrai problème.

Le système veut des employés compétents, efficients, disponibles, polyvalents, flexibles et innovants afin, dit-on, de leur permettre de relever les nombreux défis qui se présentent et de déployer pleinement leur autonomie professionnelle. Or, cette philosophie de gestion axée sur la performance à tout prix, même dans la gestion de leur propre santé, exige des travailleurs qu’ils compensent les nombreux problèmes d’organisation du travail que ces mêmes gestionnaires ne réussissent plus à régler. On dirait le serpent qui se mord la queue!

Ce cirque a assez duré. Il est urgent de revenir au gros bon sens et cesser de multiplier les indicateurs de performance et les saisies de données afin de tout mesurer. Il faut remettre l’humain au centre de notre système de santé.

Sonia Éthier

Présidente 

Centrale des syndicats du Québec (CSQ)