«L’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) s’est toujours opposée à un mode de financement basé uniquement sur la performance, le volume d’activité ou tout autre indicateur dont le but, avoué ou non, est de réduire les coûts du système public de santé et de services sociaux sans tenir compte de la qualité», écrit l'auteur de cette lettre d'opinion.

Financement axé sur le patient: un traitement sans diagnostic préalable!

POINT DE VUE / Au beau milieu de l’été, alors que les Québécoises et les Québécois sont en vacances, la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, a lancé un projet expérimental pour le moins inquiétant : la mise en place d’un tout nouveau mode de financement du réseau de la santé et des services sociaux (RSSS), le financement axé sur le patient.

N’eût été la vigilance de la journaliste du Soleil, Patricia Cloutier, cet avis serait sûrement passé inaperçu. Il s’agit pourtant d’un changement fondamental dans le financement de notre RSSS qui entraînera inévitablement une réforme majeure — une autre! — de son fonctionnement. Le personnel dans les établissements n’est pas encore remis du passage de Gaétan Barrette et de ses réformes qu’il devra encore une fois subir une réorganisation. Cela engendrera une charge de travail supplémentaire pour un personnel qui est déjà au bout du rouleau.

L’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) s’est toujours opposée à un mode de financement basé uniquement sur la performance, le volume d’activité ou tout autre indicateur dont le but, avoué ou non, est de réduire les coûts du système public de santé et de services sociaux sans tenir compte de la qualité.

On fait fausse route en pensant que seule la menace de restrictions budgétaires est efficace pour insuffler le changement et améliorer la qualité et l’accessibilité des soins et des services sociaux. Sans même s’assurer d’avoir le bon diagnostic, on applique un traitement expérimental dont les résultats dans d’autres pays, en France par exemple, ont été plus que mitigés.

Les effets seront particulièrement pernicieux pour les soins et les services psychosociaux. La grande variabilité des situations et des parcours de soins et de services qui y sont rattachés fait qu’on peut difficilement les quantifier et encore moins leur attribuer un coût. À tout le moins, la ministre devrait exempter cette part importante de notre RSSS de cette réforme.

Les régions subiront également un dur coup. En comparant la performance des établissements publics, ceux situés à l’extérieur des grands centres, ayant un volume d’opération moindre, ne pourront pas rivaliser avec ceux qui ont un achalandage très élevé. Par conséquent, ils verront leur financement diminuer. Le financement exclusivement basé sur l’activité et la performance favorisera une centralisation des opérations et des services sociaux vers les grandes villes comme Montréal et Québec.

Autre élément de ce projet voué à l’échec, la comparaison du réseau public avec celui des cliniques privées afin de fixer les coûts des parcours de soins et de services. Pourquoi s’entêter à comparer des pommes et des oranges? En sélectionnant les cas moins lourds et en ne se concentrant que sur des opérations ne nécessitant pas d’énormes ressources, les cliniques privées seront toujours avantagées. Cessons de gaspiller nos ressources dans cette compétition stérile.

Espérons qu’au terme de l’expérience, le 1er septembre 2022, la ministre dressera un bilan objectif et sans complaisance qui saura reconnaître les limites, voire les dérives, de l’opération et qu’elle apportera les correctifs nécessaires pour que l’ensemble de la population puisse avoir accès à un système de santé universel, gratuit et de qualité. Autrement — et c’est ce qui est le plus inquiétant avec le financement axé sur le patient — nous ferons un pas de plus vers la privatisation des soins de santé et des services sociaux.