La programmation du Festival d’été de Québec semble assez peu variée, tant en matière de genres musicaux représentés que d’origine géographique des musiciens, selon l'auteur de cette lettre d'opinion.

FEQ: une programmation plus variée, s’il vous plaît

Le Festival d’été de Québec bat son plein. Dans quelques jours, les organisateurs présenteront un bilan assurément positif, annonçant tel ou tel record d’affluence. Bravo!

Et pourtant, depuis une dizaine d’années, j’éprouve un malaise, voire une déception lorsque je prends connaissance de la programmation. Elle me semble toujours assez peu variée, tant en matière de genres musicaux représentés que d’origine géographique des musiciens. Je garde une certaine nostalgie du Festival d’été des années 80 et 90 qui, chaque année, nous proposait de découvrir le peu connu, l’inattendu, le différent.

Suis-je perclus de préjugés ou ai-je un peu raison? J’ai donc analysé la programmation 2018 du FEQ. Sauf légère erreur, sur les 237 spectacles recensés (à l’exclusion des activités de Place de la famille du lait), j’ai constaté que 48 % des spectacles sont présentés par des artistes québécois. Bravo! Un autre tiers est présenté par des artistes des États-Unis ou du reste du Canada. La seule Amérique du Nord compte donc pour 81 % des spectacles. Un autre 14 % nous vient d’autres pays anglophones ou francophones, et seulement un petit 5 % est présenté par des artistes venant de pays où ni le français ni l’anglais ne sont langue d’usage. Durant plusieurs années, le festival s’est appelé «Festival d’été international de Québec». Ce fut donc une décision éclairée de biffer le mot international!

Sur le plan des styles, 61 % des spectacles appartiennent à la grande catégorie «pop rock chanson folk». Avec toutes les combinaisons utilisées par le FEQ, ce n’est pas simple de départager tous ces styles quand même assez voisins. L’électro a une belle place avec 19 %. Viennent le jazz et le blues, 8 %, ainsi que le rap et hip hop, avec 7 %. Et un gros 5 % pour la «musique du monde», alors que ce vocable ne veut rien dire, assimilant dans une même catégorie des musiques aussi différentes que le tango, le fado, le rai, le klezmer et quoi encore. D’ailleurs, aucun de ces types musicaux n’est représenté cette année.

Qu’en était-il auparavant? Le FEQ a eu l’heureuse idée de garder trace de ses programmations antérieures sur son site Internet. J’ai choisi un peu par hasard l’année 1998, donc le festival d’il y a 20 ans. Que de bons souvenirs encore vifs! Cette année-là, on avait fait la part belle aux musiques gitanes et d’Europe de l’Est, avec notamment Taraf de Haidouks, Kocani orkestar et le remarquable Thierry Robin. Je me souviens aussi du volet classique avec, par exemple au fil des ans, Aldo Ciccolini, Jordi Savall, et tant d’autres. Ce volet a complètement disparu.

Visiter ces pages de programmation antérieure au hasard des années fait revivre de beaux souvenirs aux personnes curieuses de propositions musicales différentes du mainstream qu’on nous propose depuis une quinzaine d’années.

Je félicite donc les personnes qui œuvrent à faire du FEQ le grand succès qu’il est, mais les invite à offrir une plus grande place aux musiques plus rares et les en remercie à l’avance.

Hubert de Nicolini, Montréal