Faut-il financer nos universités sur le dos des étudiants?

POINT DE VUE / En réaction à l’article «L’UQ réclame 5 M$ pour recruter à l’international» de la journaliste Patricia Cloutier paru le 14 mars.

L’article résume bien la déréglementation des droits de scolarité des étudiants internationaux, une déréglementation qui, selon Mme Johanne Jean, présidente de l’Université du Québec, serait discriminatoire envers les universités en région. Elle a sans doute raison! Une étude récente démontre d’ailleurs les conséquences d’une telle politique gouvernementale (voir : https://iris-recherche.qc.ca/publications/etudiantes-intl?author_id=103). Si nous partageons ces inquiétudes, ce qui étonne, c’est l’absence de questionnement sur le financement public des universités, de toutes les universités. Car la véritable menace, le cheval de Troie, c’est le remplacement d’un financement public par une source externe, les étudiants internationaux.

«Cette déréglementation mise de l’avant par l’ex-ministre de l’Enseignement supérieur Hélène David se veut un moyen de financer les universités.»

Pendant ce temps, la France fait face à une mobilisation nationale sur cette même question. En effet, les étudiants français s’opposent depuis des mois à une politique comparable de déréglementation des droits de scolarité des étudiants internationaux. On a vu des groupes se coaliser, chez les étudiants, les syndicats et les divers salariés des universités. On a même vu des «grèves administratives » dans les universités (ce qu’on aimerait peut-être voir plus souvent ici). Ainsi, des cadres, des professeurs en position «de pouvoir» ont dit «non» et se sont opposés aux directives étatiques. Pendant ce temps, ici, une conférence de presse organisée par l’Union étudiante du Québec, appuyée par deux élus, Gabriel Nadeau Dubois de QS et Sylvain Roy du PQ… pour le reste, silence de criquet! Si je salue, bien entendu, cette initiative, elle est clairement insuffisante!

Ce déplafonnement des droits de scolarité des étudiants internationaux, il est vrai, aura peu d’impact sur «nos» étudiants. Il est aussi vrai que ces sommes sont «de l’argent neuf», alors pourquoi s’en priver? Il est aussi vrai que nos universités manquent (cruellement) d’argent (il faudrait toutefois se demander pourquoi)? 

Mais est-ce que financer nos universités sur le dos d’étudiants, peu importe leur pays d’origine, est une bonne idée? Pourrait-on ensuite imaginer une déréglementation généralisée, à court ou moyen terme? Au fond, n’est-ce pas plutôt la solution, voire l’incitation, au désengagement financier de l’État envers nos universités?

La question est entière : où sont les défenseurs de l’université, cette institution millénaire et transnationale qui repose sur l’ouverture, la démocratie, l’accessibilité, la création et le transfert d’un savoir libre? N’est-il pas inquiétant de voir un tel assaut se dérouler sous nos yeux dans le silence le plus complet de la communauté universitaire?