La sculpture Dialogue avec l'histoire de Jean-Pierre Raynaud, qui se trouvait à la place de Paris, a été démolie par la Ville dans la controverse, en 2015.

Faudra-t-il renommer la place de Paris?

Au premier abord, la question peut sembler étonnante. Pourquoi faudrait-il changer le nom de cette place, qui rappelle aux citoyens et aux touristes (fort nombreux dans ce secteur du Vieux-Québec) l'importance historique des liens qui unissent la France et le Québec? De plus, Paris n'a-t-elle pas sa place du Québec, au centre de laquelle a été installée, en 1984, la sculpture-fontaine Embâcle, de Charles Daudelin, offerte à la capitale française par le gouvernement du Québec?
C'est précisément à cause d'une oeuvre d'art - ou plutôt de sa destruction - qu'il faudra peut-être changer le nom de la place de Paris. En effet, la fiche toponymique du lieu qu'on peut lire sur le site Web de la Ville de Québec précise que «[cette place] a pris le nom de place de Paris à la suite de l'installation en son centre d'une sculpture offerte par la Ville de Paris à la Ville de Québec. Dévoilée en 1987, l'oeuvre de Jean-Pierre Raynaud s'intitulait Dialogue avec l'histoire. Elle était constituée de deux blocs superposés recouverts de carreaux de marbre blanc. La sculpture a été démantelée en 2015, fortement abîmée par l'eau infiltrée entre les joints.»
Les médias révélaient récemment que l'avocat et collectionneur Marc Bellemare a conclu une entente avec Jean-Pierre Raynaud en vertu de laquelle l'artiste accepte qu'une nouvelle oeuvre, semblable à la première et intitulée Autoportrait, soit réalisée aux frais du collectionneur. Pour l'instant, l'emplacement futur de cette nouvelle oeuvre est à préciser. Étant donné le contexte entourant le «démantèlement» de Dialogue avec l'histoire, serait-il réaliste de penser qu'Autoportrait puisse être installée place de Paris? On se rappellera que la Ville de Québec a détruit Dialogue avec l'histoire de manière spectaculaire et sans l'accord de l'artiste - donc en violation de son droit d'auteur - et que ce dernier, souhaitant passer à autre chose, a choisi de ne pas poursuivre la Ville. D'où la question qui coiffe ce texte et qu'on pourrait reformuler ainsi : en l'absence de l'oeuvre d'art qui en motivait le nom, faudra-t-il, à des fins de cohérence, renommer la place de Paris?
Pierre Landry, historien de l'art, Québec