L'auteur de la lettre remet en question l'implication sociale du premier ministre Philippe Couillard.

Faire œuvre sociale, ou asociale

Lettre au premier ministre Philippe Couillard

M. Couillard, en choisissant de faire de la politique active partisane, vous avez sacrifié une partie de votre revenu personnel potentiel, comme médecin spécialiste, pour «faire œuvre sociale»? Vous en faites quoi? Avec la modification récente annoncée quant à l’aide de «dernier recours», j’ai des doutes sur votre œuvre sociale…

Moi, M. Couillard j’ai sacrifié plus de 80 % de mon revenu potentiel pour faire œuvre sociale. Un moment donné, dans mon quartier, le comptoir alimentaire devait fermer. Je m’y suis investi avec des gens du quartier et il n’a pas fermé. Cela fait bientôt quatre ans et, de la charité chrétienne de la Société Saint-Vincent-de-Paul (SSVP) où des gens bien nantis, souvent retraités, rentiers et autres, venaient aider des pauvres. Nous avons maintenant un comptoir alimentaire citoyen où les usagers eux-mêmes se donnent un comptoir alimentaire complètement déconfessionnalisé. Ceci est faire œuvre sociale. 

Comme coresponsable de ce comptoir alimentaire citoyen, je fais partie d’une concertation de gens, avec des représentants institutionnels, c’est le Chantier se nourrir de Sainte-Foy. Là, nous nous concertons pour faire la promotion de cuisines collectives, de potagers collectifs urbains et autres moyens pour que les oubliés de nos gouvernements supérieurs mangent à leur faim tout au long des douze mois de l’année. Ceci est faire œuvre sociale.

Par exemple, à ce chantier nous travaillons avec la Ville de Québec afin de disposer de plus de locaux et de répondre aux normes de la MAPAQ et de la Ville, où nous pourrons convier des gens et familles pour cuisiner ensemble à des coûts infimes. Notez ici qu’en plus de se nourrir à moindres coûts, les participants (es) à ces cuisines collectives socialisent et partagent leurs conditions avec d’autres, ce qui aide beaucoup ces gens à réaliser qu’ils ne sont pas seuls. Prenez note ici de l’effet de socialisation qui contribue, dans le cas des nouveaux arrivants, à faciliter leur intégration sociale. Et pour tous les gens qui cuisinent ensemble, ils vivent de très heureux moments de fraternité et de partage de recettes, ce qui contribue à la construction du vivre ensemble de demain. Une autre réalisation du Chantier se nourrir sera la mise en place prochaine d’une armoire et d’un premier frigo-partage à Sainte-Foy. N’y a-t-il pas là œuvre sociale?

Après la refondation du comptoir alimentaire et ma participation, depuis près de 10 ans, à différentes concertations dans mon quartier, j’ai rapidement constaté que des groupes communautaires (autres que des organismes de services suppléants aux services publics devenus faméliques surtout depuis VOTRE austérité, M. le premier ministre), sont très rares dans l’ouest de Québec, où j’habite depuis bientôt 20 ans.

Nous avons alors fondé un OBNL afin de disposer d’une institution. Cela nous a permis de «faire de la guignolée» pour financer le comptoir alimentaire. Nous avons durant deux ans fait notre guignolée avec la Guignolée St-Yves de la SSVP qui fonctionnait depuis les années 1950. Il y a deux ans, nous avons repris la relève de ces valeureux aînés. Nous continuons selon les mêmes pratiques. Ce qui nous permet de faire plus que de financer une partie du comptoir alimentaire. Par exemple, nous amenons annuellement un autobus scolaire complet de nouveaux arrivants du quartier à la cabane à sucre, moyen très opportun pour ceux qui nous ont fait l’honneur de choisir Québec comme destination d’immigration de se plonger dans la réalité culturelle concrète de la société québécoise. Nous avons également acheté le frigo pour le projet mentionné plus haut. Ceci est pour moi, faire œuvre sociale.

M. Couillard, comme je vis seul avec un enfant au primaire, je peux rester disponible pour lui et faire œuvre sociale. Autre exemple M. Couillard, comme membre d’une coopérative d’habitation, pendant deux ans, à deux reprises, je me suis acharné, afin de faire aboutir un projet de financement en période d’austérité, auprès de membres de la fonction publique et de la Société d’habitation du Québec pour les convaincre que nous avions de très grands besoins de financement pour rénover nos immeubles où des moisissures proliféraient et mettaient en danger à la fois la santé physique de membres et la santé mentale de certains de ces membres à l’anxiété facile. Pour moi, il y a là faire œuvre sociale.

Durant la dernière campagne électorale municipale, nous avons convié les candidats de tous les partis en présence, et ils ont tous accepté, de venir répondre aux questions de citoyens. Tous les participants, candidats et citoyens, ont été très satisfaits de l’expérience. Une participante a dit qu’elle n’avait jamais voté aux élections municipales et que maintenant elle sait pour qui voter. Il y a là œuvre sociale. 

M. le premier ministre, depuis que vous êtes en poste, mon avis est que vous ne faites pas œuvre sociale. Par exemple quand, après avoir coupé avec ardeur dans les services publics (où tout le monde a perdu) vous en redistribuez les surplus aujourd’hui en cadeau par des diminutions d’impôt, où seuls les 60 % qui en paient en bénéficient. M. le premier ministre, combien de milliards de dollars extorqués aux plus faibles allez-vous offrir en cadeau, lors de votre prochain budget, à ceux qui en ont le moins besoin? M. le premier ministre, vous faites œuvre asociale aux profits de certaines minorités qui en ont le moins besoin, mais qui, sans doute, sont très utiles pour vous en période électorale.

Renaud Blais, un citoyen qui vote toujours, Québec