Le président Trump va au-delà de la simple représentation des craintes de certains électeurs face à l’immigration et aux changements démographiques, il alimente explicitement la haine envers les immigrants et les minorités à des fins politiques.

États-Unis: une autre campagne sur le dos des immigrants

POINT DE VUE / L’immigration sera un enjeu central dans la campagne de réélection de Donald Trump. Persuadé que cela lui sera favorable, le président stigmatise les immigrants sur une base quotidienne.

Il faut lever le voile sur cette stratégie, qui vise non seulement à galvaniser les peurs d’une base électorale conservatrice, mais aussi à créer de toute pièce une crise, notamment autour de l’emploi et de la sécurité, contre laquelle on prescrira des mesures draconiennes, voire inhumaines.

Parmi les mesures prises et les paroles prononcées par le gouvernement Trump sur l’immigration, quatre ont fait les manchettes récemment. Premièrement, les médias et certains élus américains ont braqué les projecteurs sur les conditions de vie dans plusieurs centres de détentions, notamment au Texas. On rapporte que ces centres de détention privés ou gérés par la police des frontières sont surpeuplés, insalubres et que l’on prive les migrants de biens essentiels comme des brosses à dents ou des savons, supposément faute de ressources financières. 

Des enquêtes journalistiques ont aussi révélé que les migrants sont régulièrement victimes d’abus physiques ou verbaux de la part des gardiens, qui n’ont d’ailleurs pas été dénoncés explicitement par ce gouvernement. Ces actions s’ajoutent à la politique de séparation des familles adoptée plus tôt cette année, mais toujours en vigueur selon certains rapports.

Deuxièmement, jusqu’à la semaine dernière, le gouvernement Trump a tout tenté pour inclure une question sur la citoyenneté dans le formulaire du recensement de 2020 malgré un jugement défavorable de la Cour suprême. Cette mesure en apparence bénigne aurait éliminé les immigrants irréguliers des statistiques gouvernementales, ce qui aurait diminué le poids politique et le financement de districts à majorité immigrants. Ce remaniement de la carte électorale aurait été tout à l’avantage du Parti républicain, puisque les communautés immigrantes votent majoritairement pour le Parti démocrate.

Troisièmement, l’administration a annoncé l’expulsion de milliers de personnes déjà visées par des ordres de déportation dès dimanche dernier. Les expulsions ne se sont pas encore matérialisées, mais représentent néanmoins une tentative claire de semer la panique et la confusion dans les communautés immigrantes, les invitant à quitter le pays avant d’être appréhendées par la police des frontières.  

Enfin, Donald Trump a invité quatre élues démocrates issues des communautés culturelles à «retourner d’où elles viennent originellement» si elles n’aimaient pas les États-Unis. Trois de ces élues sont nées aux États-Unis et l’autre est une réfugiée somalienne qui a obtenu la citoyenneté à l’adolescence. Les tweets incendiaires du président laissent entendre que les personnes issues des minorités ne sont pas des citoyens à part entière et qu’elles n’ont pas le droit de critiquer leur gouvernement. Incidemment, il présente ces jeunes élues progressistes de couleur comme le nouveau visage de la «gauche radicale» américaine, un épouvantail qui cristallise les peurs de sa base électorale.

Cet échantillon de mesures et de discours témoigne du fait que le président Trump n’hésite pas à user de tropes racistes et de politiques visant à déposséder les immigrants, les demandeurs d’asile et les minorités de leurs droits et de leur humanité. Son objectif apparaît clair : il met tout en œuvre pour préserver le poids politique et démographique des Américains de race blanche. 

Le président va au-delà de la simple représentation des craintes de certains électeurs face à l’immigration et aux changements démographiques, il alimente explicitement la haine envers les immigrants et les minorités à des fins politiques. L’histoire se souviendra de cette période comme d’un moment particulièrement sombre dans la vie politique américaine. Sachant que l’objectif du gouvernement Trump est de semer la confusion en multipliant les controverses, souhaitons que les électeurs américains ne soient pas dupes en 2020.