En décembre dernier, le ministre Barrette a annoncé l’ajout de 35 millions $ récurrents pour un premier programme public en psychothérapie. Une initiative certes louable, estime l'auteur, mais nettement insuffisante pour répondre à la demande criante.

Et si on causait des vraies causes

On ne peut que saluer le fait qu’une grande entreprise de télécommunications, Bell pour ne pas la nommer, se soucie de l’accès aux services en santé mentale et en fasse une cause à laquelle ses clients sont invités à contribuer une journée par an. Il y a lieu de déplorer toutefois que cette cause ne soit pas un enjeu prioritaire pour le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) du Québec.

Il existe bien sûr un Plan d’action en santé mentale dans lequel Québec s’est engagé à injecter 70 millions $ entre 2015 et 2020. Toutefois, si on en juge par les résultats d’une étude de 2016 établissant à 40 % la proportion des patients en santé mentale insatisfaits des soins reçus, ce budget est à revoir. En décembre dernier, le ministre Barrette a annoncé l’ajout de 35 millions $ récurrents pour un premier programme public en psychothérapie. Une initiative certes louable, mais nettement insuffisante pour répondre à la demande criante. Le montant alloué permettra de payer les honoraires pour 600 000 séances de psychothérapie que devront se partager 240 000 personnes. 

Faites le calcul : elles se verront rembourser 2,5 rencontres, à peine le temps de cerner les motifs de la consultation. Et si on s’appuie sur les données de l’Institut de la statistique du Québec, qui établit à 6 % la proportion des Québécois·es ayant souffert de problèmes de santé mentale dans la dernière année, c’est plutôt près de 500 000 personnes qui auraient besoin de psychothérapie. Le Collectif pour l’accès à la psychothérapie estime quant à lui qu’il faudrait 200 millions $ annuellement pour assurer un maximum de six séances aux Québécois·es n’ayant pas accès à un régime privé d’assurance.

Dans tous les cas, on est loin du compte. Avec son approche presque exclusivement curative, le MSSS fait fausse route. C’est plutôt en investissant de façon substantielle en prévention et en santé publique qu’on peut espérer réduire le besoin d’interventions psychothérapeutiques individuelles. Or le Québec consacre moins de 2 % de son budget à la prévention alors que l’Ontario, par exemple, y alloue 5,6 % et l’Angleterre 6,5%.

Bien que l’importance des déterminants sociaux ait été amplement démontrée, tout comme les effets bénéfiques de l’intervention dans la communauté, on continue de privilégier une approche biomédicale centrée sur la seule responsabilité de l’individu en détresse. Parce que les personnes souffrant de problèmes de santé mentale continuent d’être stigmatisées, il est important d’en parler afin de déconstruire les préjugés. Il faut tout mettre en œuvre pour leur donner accès à l’aide dont elles ont besoin. Sans oublier pour autant d’agir en amont, d’accompagner les enfants, les jeunes, les personnes seules et celles qui ont à traverser des épreuves, en consolidant les services offerts dans la communauté, avec les CLSC par exemple. Et il faut, bien sûr, s’attaquer réellement à la pauvreté, qui s’avère particulièrement toxique pour la santé mentale des femmes et des personnes âgées.

Quel dommage que le ministre ait choisi de rembourser les consultations offertes dans des bureaux privés, là où les professionnel·le·s interviennent de façon isolée, sans le soutien d’une équipe multidisciplinaire. En se détournant du réseau public, chargé d’une responsabilité populationnelle, le gouvernement renforce son orientation de déresponsabilisation de l’État en matière de services publics. C’est donc tout à son avantage que des entreprises privées prennent le relais avec leurs campagnes annuelles pour combler les besoins laissés en plan par un État qui se désengage.

Stephen Léger, vice-président, Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS)