Et les services de garde dans tout ça?

Dans cette campagne électorale qui fait une large place à la réussite éducative et aux services éducatifs à l’enfance, on note un absent de taille dans le festival des promesses auquel tous les partis participent : les services de garde en milieu scolaire.

Remarquez, pour de nombreuses personnes qui travaillent dans ce milieu, cette absence n’est pas anecdotique et reflète plutôt l’état de situation vécu au quotidien dans les services de garde en milieu scolaire du Québec, soit le manque de valorisation et de reconnaissance de la garde scolaire dans notre système d’éducation.

Les services de garde en milieu scolaire sont pourtant un complément essentiel à la mission de l’école. Ils sont fréquentés par près de 60 % des élèves, qui y passent souvent un nombre d’heures presque équivalent à celui passé en classe. Ils offrent des activités qui, bien que se voulant essentiellement récréatives et ludiques, utilisent des approches à forte valeur éducative qui visent divers objectifs liés au développement global des enfants : socialisation, habiletés cognitives et motrices, stratégies d’apprentissage par le jeu, etc. Le personnel œuvrant en service de garde scolaire détient une formation spécifique à la profession.

Bref, ce qui était à la base essentiellement un outil de conciliation famille-travail est rapidement devenu un rouage important du continuum de services qui accompagne les élèves dans leur réussite, au même titre que les CPE, l’école, les organismes communautaires famille, les organisations de loisir municipales, etc.

La garde scolaire fait face à des enjeux de taille pour assurer la qualité à laquelle les enfants et leurs parents (qui paient 60 % de la facture, devons-nous le rappeler) sont en droit de s’attendre. Les horaires coupés, la difficulté d’obtenir un temps plein rendent les postes en services de garde peu attrayants et les problèmes de recrutement sont criants. Les ratios, à une éducatrice pour vingt élèves, sont inadéquats, notamment pour les plus jeunes élèves qui demandent plus d’encadrement, tout comme les élèves à besoins particuliers. L’accès à la formation continue pour le personnel des services de garde est insuffisant. Et cela, sans même parler des locaux qui sont souvent trop petits, isolés, dans le sous-sol, dans des écoles surpeuplées qui doivent maximiser l’utilisation du moindre placard à balais.

Réglementation à revoir

Ces difficultés ne datent pas d’hier. Elles ont toutes été identifiées et analysées par le Conseil supérieur de l’éducation, dans un avis datant de 2006 intitulé «Les services de garde en milieu scolaire : inscrire la qualité au cœur des priorités». Cet avis présentait 25 recommandations pour assurer aux services de garde des conditions leur permettant de jouer pleinement leur rôle dans le développement global des enfants. Or, 12 ans plus tard, pas le début du commencement d’une réforme n’est annoncé et les services de garde en milieu scolaire sont toujours au rang des oubliés, comme dans cette campagne électorale.

La réglementation sur les services de garde en milieu scolaire, un document de trois pages rédigé en 1998, est désuète. Le mandat éducatif des services de garde n’y figure même pas clairement. Si les partis ont véritablement à cœur la réussite éducative et le développement global des enfants, ils doivent absolument mettre à l’ordre du jour une révision de cette réglementation et s’engager clairement à reconnaître le rôle fondamental des services de garde en milieu scolaire auprès des enfants, de leurs parents et de l’école.

Diane Miron
Présidente de l’Association québécoise de la garde scolaire