Manon Massé, porte-parole de Québec solidaire et députée de la circonscription de Sainte-Marie-Saint-Jacques

Est-ce qu'on pourrait montrer l'exemple?

Nous sommes quatre. Quatre à avoir des moyens considérables, des tribunes privilégiées, des leviers qui peuvent faire évoluer bien des choses.
Nous sommes quatre partis à l'Assemblée nationale et nous devons tous les quatre assumer nos responsabilités dans l'attentat terroriste qui a visé la communauté musulmane de chez nous. Nous nous devons d'être humbles et d'accepter l'évidence : non, nous n'avons pas jusqu'à maintenant emprunté la bonne voie pour améliorer le vivre ensemble et non, nous ne pouvons pas décider de ce qui est bon pour tout le monde uniquement entre personnes blanches et privilégiées. 
Après ce terrible drame et l'onde de choc qui lui fait encore écho, l'heure est à l'écoute. Peut-on se rassembler, se rallier, se réunir et chercher ensemble des solutions? Pas chacun et chacune dans son coin du Québec. Pas en discutant avec nos «proches» qui ont toutes les chances du monde de penser comme nous. Mais plutôt avec nos «loins». Avec ceux et celles qu'on connaît moins bien, mais qui sont pourtant nos semblables.
Est-ce qu'on pourrait donner une chance à ces échanges d'avoir lieu? Est-ce qu'on peut se parler dans le blanc... des yeux?
Une Commission sur le racisme systémique
À l'Assemblée nationale, notre pouvoir législatif, est-ce qu'on pourrait entendre les personnes de confessions musulmanes, les personnes racisées, leurs pistes de solutions? Réfléchissons ensemble pour panser leurs blessures. 
Il faut leur faire une place, une place assez grande pour pallier (au moins un peu) leur sous-représentation démocratique. Comment peut-on les consulter plus souvent pour faire reculer le racisme ordinaire et systémique? Pas seulement sur les questions liées à l'immigration. Le racisme, il faut le combattre partout. C'est un enjeu d'éducation, de santé, de logement, de sécurité publique, de justice, d'emploi et bien sûr, de laïcité de l'État... 
On ne peut pas attendre patiemment que de nouveaux et nouvelles députés racisés soient élus pour défendre leurs droits individuels et collectifs. On doit ajouter leur voix au chapitre. En plus de déclencher au plus vite une Commission sur le racisme comme les groupes le réclament depuis trop longtemps, comment ferons-nous pour créer cet espace d'écoute, de dialogue et d'échanges? Il faut aussi répondre à cette question avec eux et elles. Est-ce qu'on veut un Conseil du statut des minorités racisées et des personnes immigrantes? 
L'attentat terroriste que nous avons connu constitue un réveil brutal pour la société québécoise. Notre parlement doit en prendre acte, être créatif et surtout inclusif. Il faut que ça bouge et il faut que ça bouge maintenant. 
Il y a tous ces gens qui ont de vraies craintes. Ces craintes-là, nous les connaissons bien. La peur de l'inconnu, des guerres, de la violence, du rejet, de l'impuissance. Ces peurs s'expriment, elles résonnent dans les médias. Et pourtant, malgré qu'on nous les ait confiées, nous avons été négligents. Pire, certains en ont profité et les ont alimentées.
Est-ce qu'on pourrait travailler ensemble et trouver les bons mots pour informer, déconstruire les préjugés et comprendre les insécurités légitimes des citoyens et citoyennes? La peur s'est frayé une place de choix à l'Assemblée nationale et dans les discours sur l'islam, l'immigration, l'inclusion. Pour apaiser les inquiétudes, c'est pourtant de discours politiques sincères, rassembleurs et basés sur les faits dont nous avons besoin.
J'espère qu'on pourra, comme parlement et comme élus et élues, prendre le taureau par les cornes et s'attaquer sérieusement à la question du racisme, dans le dialogue, dans l'ouverture d'esprit, dans l'action, loin des préjugés. 
Et peut-être que si on montrait l'exemple, le reste de la société, les médias, les tribunaux, le gouvernement, s'en inspireront pour que s'opère ce changement de culture nécessaire.
Manon Massé, porte-parole parlementaire par intérim de Québec solidaire