Entre Beyrouth et Port-au-Prince, ne pas revivre l’échec de l’aide internationale

Annik Chalifour
Annik Chalifour
Toronto
POINT DE VUE / Beyrouth et Port-au-Prince, deux villes touchées par l’horreur de catastrophes meurtrières sur fond de gouvernance corrompue.

10 ans cette année après le pire séisme que Port-au-Prince ait connu, la population continue de souffrir. Les traces d’une longue histoire de dépravation perdurent malgré les milliards de dollars amassés (https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1464873/seisme-haiti-argent-international-reconstruction-chartrand) pour reconstruire la capitale effondrée.

L’Histoire se répète. Mais cette fois-ci à Beyrouth, il ne s’agit pas d’un désastre naturel, mais d’une supercherie monstrueuse.

Un horrible désastre fait par la main de l’homme. Une négligence manifestement criminelle que l’on pourrait désigner telle une forme de terrorisme interne appuyé par une classe privilégiée pernicieuse à la tête du pays.

Beyrouth et Port-au-Prince partagent aujourd’hui l’horreur de la perte humaine à grande échelle et d’une destruction physique apocalyptique.

Les deux villes partagent aussi la force et la résilience de populations courageuses qui ont appris à survivre sous les regards d’un monde trop souvent indifférent.

Solidarité en route

Je connais Port-au-Prince, y ayant séjourné plusieurs fois depuis huit ans, mais je ne suis jamais allée au Liban.

Toutefois mes amis d’origine libanaise — lors de ma jeunesse à Québec, ma ville natale — me dépeignaient Beyrouth comme un petit paradis sur terre : un joyau culturel, environnemental, historique. Le témoignage d’une copine à la suite de son séjour au Sud-Liban en 2012 m’avait également inspirée.

Avec le temps, le soutien d’autrui, la réforme politique, on doit croire en l’avenir, que Beyrouth se relèvera plus forte qu’avant. Une mobilisation mondiale de solidarité est déjà en route afin d’apporter l’aide d’urgence indispensable dans un premier temps.

C’est sur le long terme que les défis du soutien financier risquent de se poser, en raison, entre autres, de notre contexte international de crise sanitaire et économique.

Aide d’urgence

Les dons acheminés vers la Croix-Rouge libanaise et à l’endroit d’ONGS libanaises locales fiables sont les moyens les plus sûrs afin de garantir une aide efficace apportée directement auprès de la population touchée par le désastre sur le terrain.

Pour le moment on doit se concentrer sur l’urgence… la réforme politique devra attendre… Surtout ne pas revivre l’échec scandaleux de l’aide internationale auprès de Port-au-Prince...

Plusieurs autres pays en crise aiguë ont également besoin d’aide cruciale : Yemen, Syrie, Somalie, Soudan du Sud, Venezuela… La guerre, la corruption politique, la perception de leur inaptitude à contribuer à l’économie mondiale — sans oublier la pandémie — freinent les engagements internationaux humanitaires.

Un défi sans précédent nous attend en matière de politique étrangère…