Dans un geste sans préavis et en direct à la radio, Nicolas Hulot a démissionné de son poste de ministre d’État à la transition écologique et solidaire du gouvernement d’Emmanuel Macron. Son constat est dur et empreint d’une franchise désarmante pour un homme du pouvoir : malgré l’urgence et les discours, le monde politique s’avère incapable de répondre à l’intensification rapide de la crise écologique.

Entendre l’appel de Nicolas Hulot

J’écris ces lignes le 28 août 2018. Il est 23h50, la température extérieure affiche 27 degrés, la chaleur ressentie franchit la barre des 35 degrés à Montréal. Le reste du Québec ne s’en tire guère mieux. Bien que le mercure y fléchisse de quelques degrés, la situation est tout aussi anormale. Elle le fut tout l’été, comme partout ailleurs dans l’hémisphère nord.

Dans un geste sans préavis et en direct à la radio, Nicolas Hulot démissionne de son poste de ministre d’État à la transition écologique et solidaire du gouvernement d’Emmanuel Macron. Son constat est dur et empreint d’une franchise désarmante pour un homme du pouvoir : malgré l’urgence et les discours, le monde politique s’avère incapable de répondre à l’intensification rapide de la crise écologique.

Les explications, qui surviennent lors d’un entretien serré de 40 minutes, sont à des lieues des lignes de communication pré formatées simplifiant à outrance le message. Elles portent des interrogations auxquelles un seul individu ne peut avoir réponse et exigent que l’on s’y penche collectivement. L’enjeu est systémique. Ses racines sont culturelles, sociales, économiques autant qu’elles sont politiques. La démission fait figure d’appel.

Nonobstant la gravité des enjeux, la démission se transforme rapidement en spectacle. Les questions de Nicolas Demorand et Léa Salamé s’intéressent aux états d’âme de l’écologiste, opposent idéaux et pragmatisme, se détournent de l’enjeu et privilégient l’instant, comme s’il s’agissait d’un devoir de rigueur journalistique. Pour terminer l’entretien, la table de discussion s’élargit pour faire place aux analystes qui soulèvent à leur tour des questions d’ordre spéculatives, décrivant la politique comme une discipline sportive. Malgré cela, Hulot persiste et signe en évitant les pièges. Jamais un mot de trop : il faut revenir à l’enjeu, la vision, la feuille de route, l’objectif et le chemin pour l’atteindre. C’est de cela qu’il faut discuter.

Au Québec, en pleine campagne électorale, l’onde de choc n’est pas différente. On aborde la démission de Hulot comme une décision personnelle. «Il avait de grandes idées. La réalité l’a rattrapé» affirme Anne-Marie Dussault à 24/60 sur les ondes du Réseau de l’information. «La grande désillusion de Nicolas Hulot» titre Le Devoir. «Frustrated French Ministers quits» publie le Globe and Mail. Le Téléjournal de fin de soirée de Radio-Canada ressort, dans un exercice essoufflant par sa rapidité, pour le journaliste comme le citoyen, les engagements environnementaux des principaux partis politiques québécois. On reste dans l’anecdotique. Le message ne passe pas. Parler de Hulot, bien sûr, de son message, alors là...

Au moment d’écrire ces lignes, le 28 août 2018 s’achève et la chaleur accablante envahit la nuit sans annoncer de répit. L’appel lancé par Nicolas Hulot va se perdre rapidement dans la chambre d’écho… Mais il va bien falloir arriver à sortir du commentaire, amplifier les questions qui comptent, dégager des espaces qui transcendent la partisanerie. Les prochaines semaines de campagne électorale offriront sans doute de belles occasions pour cela. Espérons que les médias sauront les saisir, et faire preuve de responsabilité.

Louis-Frédéric Gaudet et Clément Laberge *

* Cette lettre d’opinion est cosignée par 39 autres personnes