L'auteure se demande si on utilise toutes les connaissances disponibles pour poser les balises de l'enseignement de la lecture.

Enseigner la lecture, ça s'apprend ça aussi

L'éducation redevient une priorité pour le Québec. Le gouvernement compte à cet effet soutenir l'alphabétisation des adultes et les premiers apprentissages de la lecture chez les enfants.
Or, la plupart des adultes que l'on dit «analphabètes» ont passé au moins 10 ans dans notre système scolaire. Force est de constater que l'école n'a pas réussi à faire apprendre à lire de façon efficace. Demandons-nous donc si on utilise toutes les connaissances disponibles pour poser les balises de l'enseignement de la lecture.
Le cerveau humain est programmé pour apprendre le langage. L'enfant apprend donc à parler de façon «naturelle», pour peu qu'on lui parle. L'écriture, par contre, est une invention artificielle trop récente dans l'histoire de l'humanité pour qu'une telle programmation existe. Pour arriver à lire, notre cerveau doit «recycler» une partie des neurones destinés à d'autres tâches et établir d'autres réseaux que ceux qu'il possède au départ.
C'est pourquoi l'enseignement est nécessaire pour faire apprendre à lire à tous. Lorsque l'enseignement de la lecture demande aux apprentis lecteurs de porter leur attention sur les relations entre les lettres et les phonèmes, il permet d'établir de nouveaux réseaux neuronaux qui soutiennent la lecture. À défaut de pouvoir établir ces nouvelles relations, l'enfant sera confiné à son état «naturel» d'analphabète. Selon la recherche, un enfant de 7 ans qui n'a pas acquis les bases de la lecture a très peu de chance de pouvoir rattraper son retard. C'est ce qui arrive aux élèves que le système «échappe».
Pourquoi certains enfants n'y arrivent-ils pas? Différentes raisons peuvent être évoquées, familiales, sociales, psychologiques ou même neurologiques comme dans le cas d'une dyslexie. Mais il arrive aussi que l'enseignement dispensé ne mette pas suffisamment en évidence les relations pertinentes entre lettres et phonèmes. Pourtant, après le premier cycle du primaire, si les bases ne sont pas établies, l'enfant sera toujours confronté à des tâches de lecture trop difficiles et prendra du retard dans toutes les disciplines. Et c'est alors qu'on commence à lui accoler des étiquettes de «difficultés» ou «troubles» d'apprentissage. Si on le retrouve à l'éducation des adultes quelques années plus tard, le problème de lecture s'est complexifié avec une dose de manque de confiance dans sa capacité d'apprendre.
Faudrait-il alors que tous les enseignants aient une formation en adaptation scolaire? Non, car l'apprentissage de la lecture n'est pas naturel et qu'il se produit à la suite d'un enseignement précis. Il faut plutôt rendre un tel enseignement disponible à tous ceux qui en ont besoin, et ce, quel que soit leur âge ou le niveau scolaire qu'ils ont atteint.
Un tel enseignement de la lecture est possible, à la condition... 
- de concevoir un programme systématique d'enseignement de la lecture qui prévoit les savoirs et les habiletés à développer à chaque étape ainsi que les pratiques pédagogiques les plus efficaces pour y arriver.
- d'inscrire ces pratiques pédagogiques dans un contexte riche de littératie contenant des incitatifs à la lecture d'une variété de textes et d'activités dans lesquelles l'utilisation de l'écrit est essentielle.
- d'offrir une solide formation sur la lecture à tous les enseignants du primaire et du secondaire de tous secteurs et disciplines d'enseignement.
Lorsque toutes ces conditions sont en place, on obtient des résultats. Des pays l'ont essayé.
Giselle Boisvert, retraitée de l'éducation et doctorante en éducation, Québec