Enseignement supérieur et discours d’ouverture: une vision réductrice

A priori, on pourrait se réjouir des intentions formulées par le nouveau gouvernement en vue d’un «redressement national» en éducation. En effet, après les ravages causés par l’austérité en éducation, les intentions du gouvernement sur la rénovation de nos écoles, la valorisation de la profession enseignante et l’ajout de ressources professionnelles sont des mesures nécessaires et encourageantes. Cependant, les intentions du gouvernement à l’égard de l’enseignement supérieur sont largement décevantes.

De tout le discours qu’a livré mercredi dernier le premier ministre François Legault, seulement trois petites phrases touchaient l’enseignement supérieur au Québec. Ainsi après avoir affirmé haut et fort que l’éducation serait la priorité du gouvernement, celui-ci semble réduire les cégeps et les universités québécoises à un rôle d’auxiliaires des entrepreneurs afin de créer de la richesse. Mais qu’en est-il du rôle essentiel des cégeps et des universités dans la formation de citoyennes et de citoyens éclairés? Comment le gouvernement favorisera-t-il l’accès à l’enseignement supérieur sur tout le territoire québécois?

Il s’agit là d’une énième démonstration que les ordres collégial et universitaire sont délaissés dans le débat public. En effet, le thème avait été pratiquement inexistant durant la campagne électorale. Nous avons été également déçus de voir disparaître le ministère délégué à l’enseignement supérieur d’autant plus que les Fonds de recherche du Québec font partie des responsabilités du ministre de l’Économie et de l’Innovation. Mentionnons aussi que la nomination de l’idéologue de l’Institut économique de Montréal, Youri Chassin, comme adjoint parlementaire à l’enseignement supérieur est décourageante, compte tenu de ses prises de position passées en faveur du libre marché et du démantèlement des institutions publiques.

Le peu d’ambition du gouvernement pour l’enseignement supérieur est navrant, alors que les défis qui touchent les communautés collégiales et universitaires sont nombreux: accessibilité régionale, sous-traitance, financement, formation à distance, internationalisation, précarité des emplois, etc.

Si l’on se réjouit de la volonté du gouvernement d’augmenter le financement de l’éducation, il faut aussi discuter du mal financement des établissements qui pousse trop souvent les administrations universitaires à se lancer dans la course à la clientèle, que ce soit par l’ouverture de nouveaux campus satellites sur le même territoire qu’une autre institution ou le recrutement international. La compétition croissante entre les établissements d’enseignement supérieur est un mal sournois qui ronge l’âme du système d’éducation au Québec.

Le premier ministre affirmait dans son discours que «dans les années 60, le Québec a donné une forte impulsion à son développement en investissant massivement en éducation». Toutes les composantes du réseau de l’éducation, du primaire à l’université, ont été au cœur des modernisations économique, sociale et politique du Québec depuis leur fondation qui remonte, pour nombre d’entre elles, au rapport Parent. Nous aurions apprécié du premier ministre qu’il exprime une vision plus audacieuse du futur de celles-ci.

Le comité exécutif de la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec – CSN

Caroline Quesnel, présidente

Benoît Lacoursière, secrétaire général et trésorier

Josée Chevalier, vice-présidente, regroupement cégep

Richard Bousquet, vice-président, regroupement université

Léandre Lapointe, vice-président, regroupement privé