Le slogan de l’actuelle mégacampagne gouvernementale visant à recruter 10 000 préposés aux bénéficiaires dans les CHSLD publics, «On a besoin du meilleur de toi», risque de faire sourciller bien du monde dont plusieurs préposés en emplois qui donnent plus que «le meilleur d’eux», écrit Nicole Lévesque. 
Le slogan de l’actuelle mégacampagne gouvernementale visant à recruter 10 000 préposés aux bénéficiaires dans les CHSLD publics, «On a besoin du meilleur de toi», risque de faire sourciller bien du monde dont plusieurs préposés en emplois qui donnent plus que «le meilleur d’eux», écrit Nicole Lévesque. 

«Engagez-vous comme préposé aux bénéficiaires...»

POINT DE VUE / «Engagez-vous dans un travail valorisant et gratifiant qui change la vie des gens!», dixit le premier ministre François Legault. Possiblement que ce travail changera aussi la vie des nouvelles recrues, qui à l’instar de nombreuses autres personnes avant elles, sont tombées au combat. À moins que les règles du jeu changent. 

À commencer par assurer une protection aux préposés aux bénéficiaires (PAB) qui est un «corps de métier», représenté par la Fédération professionnelle des préposés aux bénéficiaires (FPBQ), organisation non syndicale, et non plus un ordre professionnel, selon l’Office des professions du Québec (OPQ). À cet égard, n’est-ce pas la responsabilité des ministres de la Santé et des Aînés de voir à ce que les activités des PAB soient également encadrées en vertu du Code des professions? On part de loin là!

Par ailleurs, le slogan de l’actuelle mégacampagne gouvernementale visant à recruter 10 000 préposés aux bénéficiaires dans les CHSLD publics, «On a besoin du meilleur de toi», risque de faire sourciller bien du monde dont plusieurs préposés en emplois qui donnent plus que «le meilleur d’eux» et qui sont à bout de souffle en raison de leurs piètres conditions de travail dénoncées depuis trop longtemps : «manque de personnel; lourdeur de la charge de travail; horaires atypiques; absence de mesures de conciliation travail-famille; absence de reconnaissance; faible revenu; vacances limitées; absence de statut professionnel dans la vie sociale; ratios préposé/patients trop élevés, jusqu’à 100 résidents); environnement de travail difficile; maltraitance organisationnelle qui peut se répercuter sur les patients (intimidation, domination, violence...); peu de latitude décisionnelle; travail à la chaîne; et à temps partiel; équipe médicale réduite; compromis sur la qualité du travail; pénurie d’équipements; absence de leadership; temps supplémentaire obligatoire; dégradation des conditions de travail; etc.».

Cela étant, force est d’admettre «que le chemin de la réussite est jalonné d’objectifs», puisque l’objectif gouvernemental de recruter 10 000 nouveaux PAB est largement dépassé de plusieurs dizaines de milliers. Du jamais vu dans un si court laps de temps! Mais voilà tout un exercice de sélection de personnel en perspective considérant qu’aucune condition n’a été exigée lors de l’appel de candidatures. Mise à part la vérification des références, des expériences acquises et de l’attrait pour le salaire offert (49 000 $ annuellement), quels critères permettront de mesurer les intérêts professionnels, qualités, habiletés spécifiques, aptitudes, etc., d’autant de candidats chômeurs, immigrants étrangers et employés tous azimuts tentés de changer d’emplois ou de revenir sur le marché du travail? Soit! Le programme de formation accéléré de trois mois «Soutien aux soins d’assistance en établissement de santé» exigé pour devenir préposé en CHSLD devrait servir la cause. Péril en la demeure oblige! Et comme «on n’attire pas les mouches avec du vinaigre», de bonnes conditions de travail devront obligatoirement y être assorties, ainsi que d’autres moyens et procédés de valorisation. 

Par exemple, en commençant par éliminer les nombreux irritants énumérés précédemment et en modifiant le titre d’emploi de préposé aux bénéficiaires, à connotation péjorative et évocatrice de domination hiérarchique, trop souvent dénoncé par des victimes, surnommées «de bras, de main-d’œuvre, d’employé de soutien jetable, de profane, de bête de somme, voire d’idiote de service, et autres vulgarités...». Déjà les appellations connexes «aide-soignant» ou «aide-infirmier», reconnues par la FPBQ se voudraient davantage plus représentatives de ce métier. De plus, considérant la trop brève formation de trois mois offerte aux nouvelles recrues, force sera de prévoir un complément à ce programme par le biais de formations enrichies et continues en emploi (alternance étude-travail) de manière à ce que tous les PAB obtiennent le même niveau de formation requise. 

Notamment, pour assurer que ces «nouveaux préposés en CHSLD» puissent exercer leur vocation avec professionnalisme, conformément aux codes de déontologie et d’éthique applicables. D’ailleurs, afin de déceler et corriger toute déviation à cet égard, force sera de mettre en place un système de surveillance de proximité auprès de tout le personnel soignant, non-initié notamment, pour assurer l’apprentissage en emploi, la qualité des soins et l’évaluation des rendements au profit de la sécurité et du bien-être des bénéficiaires de soins, dont les plus vulnérables et sans défense.

Pour l’heure, «l’urgence de la situation dicte l’urgence de l’action». Les urgences sanitaires qui s’imposent (vagues pandémiques), ont accentué la pénurie de personnel déjà criante en santé publique, et particulièrement chez les préposés aux bénéficiaires, au Québec comme dans d’autres provinces et pays, ce qui justifie de passer outre certaines obligations conventionnelles. Dont l’exercice de relativité salariale en cours (évaluation de la valeur relative des emplois les unes par rapport aux autres) devant ultimement conduire à la signature de l’Entente globale entre le gouvernement du Québec et les syndicats du secteur public aux fins du renouvellement imminent des conventions collectives de la fonction publique. À travail équivalent, salaire égal, il va sans dire.

Bref, toute une leçon de prévision et de préparation à tirer pour l’avenir, s’il en est!