En procréation assistée, mieux vaut parfois en faire moins

POINT DE VUE / La salle d’attente d’une clinique de fertilité est un endroit où se retrouveront bien des gens à un moment ou à un autre de leur vie. Malgré la musique joyeuse, les récits de réussite, les semaines de sensibilisation à l’infertilité et les campagnes positives dans les médias, il reste que la question de l’infertilité est complexe et délicate.

Environ une Canadienne sur six éprouve des problèmes d’infertilité, qui vont de la difficulté à devenir enceinte à la difficulté de mener une grossesse à terme, en passant par la fausse couche.

En tant que spécialistes de la fertilité, nous savons que la majorité de nos patientes ont un objectif très précis: avoir un bébé et «agrandir leur famille». Elles sont très motivées et elles consacrent temps et ressources à leur projet, en plus de mettre leur vie sociale et leur propre bien-être en veilleuse.

Les traitements de fertilité peuvent être intensifs et chambouler la vie et la routine de nos patientes. Nos protocoles impliquent souvent des tests et des examens invasifs obligatoires presque quotidiennement pendant certaines périodes. Ces tests et ces examens sont entre autres des échographies transvaginales fréquentes, et des injections quotidiennes de médicaments et des prélèvements sanguins. Ils sont synchronisés avec les cycles menstruels des patientes, qui ne sont pas toujours faciles à prévoir, d’où la difficulté de les planifier à l’avance.

Or, les examens, les médicaments et les traitements ne sont pas tous utiles sur le plan clinique. Et en procréation assistée, mieux vaut parfois en faire moins.

Pour s’assurer que cette clientèle ne se fasse pas offrir des options sans efficacité clinique éprouvée, la Société canadienne de fertilité et d’andrologie (SCFA), qui représente plus de 800 spécialistes, scientifiques et professionnels de la santé du domaine de la procréation assistée au Canada, se joint à la campagne Choisir avec soin pour encourager les médecins et les patientes à discuter des interventions indiquées et de celles qui ne leur seront d’aucunes utilité.

Nous avons dressé une liste de recommandations qui montre que dans certains cas, en médecine reproductive, l’ajout d’interventions se révèle inutile, mène à du gaspillage et peut même être dommageable. Nos patientes recherchent de l’espoir et s’attendent à des résultats positifs, mais nous ne devrions pas essayer de combler leurs attentes avec des médicaments, des interventions et des examens superflus. Cela contribue au gaspillage de ressources précieuses, fait perdre du temps à nos patientes, et risque surtout de leur causer du tort.

Les patientes qui suivent un traitement de procréation assistée passent beaucoup de temps dans les salles d’attente; les médecins spécialistes se doivent d’améliorer leur profession et de veiller à ce que ce temps soit bien utilisé.

Une des recommandations de notre liste concerne la surutilisation des médicaments; plus précisément, les patientes devraient éviter les fortes doses de gonadotrophines durant la stimulation ovarienne pour la fertilisation in vitro (FIV).

Les gonadotrophines sont des hormones injectables que les patientes apprennent à s’auto-injecter durant les cycles de FIV pour produire de multiples follicules qui contiennent chacun un ovule. L’objectif est d’obtenir plusieurs ovules à maturité, un objectif que ces médicaments aident à atteindre. Par contre, en trop grande quantité, ces agents peuvent avoir de très graves effets indésirables, comme le syndrome d’hyperstimulation ovarienne, qui cause des ballonnements, de la douleur, des épanchements abdominaux et pulmonaires et d’autres effets secondaires néfastes.

Une autre recommandation de notre liste concerne les examens diagnostics superflus, par exemple, le dépistage génétique systématique sur les embryons avant la FIV. Ce test peut être utile chez certaines patientes, mais il n’est pas toujours recommandé, surtout parce qu’il s’accompagne d’un risque de mauvais diagnostic et qu’il est coûteux, ce qui vient exacerber le stress déjà associé à l’expérience.

Réduire les examens et les traitements superflus en médecine reproductive est une façon efficace de respecter l’emploi du temps, le corps et le bien-être de nos patientes.

Plutôt que de convoquer les patientes à la clinique pour un examen ou un traitement superflu qui ne l’aidera pas à devenir enceinte, les spécialistes de la fertilité devraient donner une journée de congé à leurs patientes. Parfois, discuter avec nos patientes de leurs espoirs, de leurs craintes, de leurs attentes et de leurs défis est la meilleure approche à adopter, d’autant plus que cela contribue à atténuer le stress associé à leur situation difficile.

En tant que spécialistes de la fertilité, nous encourageons nos patientes et nos collègues à favoriser le dialogue sur les pratiques nécessaires et superflues. Pour lancer la conversation, Choisir avec soin propose quatre questions :

1. Ai-je vraiment besoin de cet examen, de ce traitement ou de cette intervention? 

2. Quels en sont les côtés négatifs? 

3. Y a-t-il des options plus simples et plus sécuritaires? 

4. Que se passera-t-il si je ne fais rien? 

* Claire Jones est spécialiste en endocrinologie gynécologique de la reproduction et en infertilité à la clinique de fertilité de l’Hôpital Mount Sinai, et professeure adjointe au département d’obstétrique et de gynécologie de l’Université de Toronto. Elle est coprésidente du groupe de travail Choisir avec soin pour la SCFA.

* Eileen McMahon est infirmière praticienne à la clinique de fertilité de l’Hôpital Mount Sinai et chargée de cours à la Faculté des sciences infirmières de l’Université de Toronto. Elle est présidente de la SCFA.