Selon Gabriel Tremblay, directeur général du Groupe TAQ, l’entreprise adaptée est une belle solution pour plusieurs de ces jeunes. Toute l’équipe d’encadrement est formée pour les accueillir, les former et les valoriser.

Emploi adapté: nous voulons une stratégie nationale

Vous êtes parents d’une jeune personne handicapée. Tant qu’elle est à l’école, la vie n’est pas si différente pour l’enfant et pour vous. Par contre, vous la voyez grandir et de plus en plus, vous commencez à craindre ses 21 ans.

Que se passe-t-il à 21 ans? Le jeune quittera les écoles spécialisées et plus souvent qu’autrement, ce sont les parents qui devront prendre la relève. Certains réussiront à se trouver un travail. Les autres resteront à la maison et les parents seront à la recherche de solutions.

L’entreprise adaptée est une belle solution pour plusieurs de ces jeunes. Toute l’équipe d’encadrement est formée pour les accueillir, les former et les valoriser. Chez Groupe TAQ par exemple, les jeunes pourront même recevoir un complément de formation de la part du Centre Louis-Jolliet, de septembre à juin. Ces jeunes, ils deviendront salariés. Ces jeunes, ils se sentiront des actifs de la société. Nous le savons tous, le travail, c’est la dignité.

Après deux ans, certains auront développé des compétences et la confiance pour tenter une expérience de travail dans une entreprise privée de la région. Pour les autres, l’entreprise adaptée pourra devenir un lieu de travail permanent où même avec une productivité limitée, la personne y sera respectée.

Pour que ce modèle fonctionne, l’entreprise adaptée a besoin d’un soutien financier et voici pourquoi. Imaginez que vous souhaitiez faire repeindre votre maison. Une entreprise privée vous le fera en 100 heures, mais l’entreprise adaptée en 140 heures. Dans les deux cas, le travail sera impeccable. Mais si les deux entreprises paient le même salaire à leurs employés, allez-vous payer 40 % de plus pour faire affaire avec l’entreprise adaptée? Non. C’est ça le soutien gouvernemental dont l’entreprise adaptée a besoin. Il faut compenser les coûts excédentaires.

Pour le gouvernement, cette subvention pourrait correspondre à l’économie d’aide sociale qu’il n’aurait pas à verser à la personne, si elle travaille. Donc, ce beau modèle, il ne coûte rien au gouvernement.

Et s’il est possible, c’est parce que des centaines d’entreprises ont du mal à recruter du personnel. À Sherbrooke, elles appellent Défi-Polyteck, à Montmagny, elles contactent Formaca et à Québec, elles s’adressent à Groupe TAQ. L’entreprise adaptée identifie ce qui peut se faire dans ses locaux et hop! Des emplois sont créés!

• C’est une solution efficace à la rareté de la main-d‘œuvre;

• C’est un moyen pour offrir la dignité et des revenus à la personne handicapée;

• C’est une solution aux maux de tête des parents en plus de les rendre très fiers de leur enfant;

• Et tout ça, à coût nul pour l’État!

Je suis persuadé que vous avez tous compris.

Mais le gouvernement ne l’a pas encore compris puisque ce modèle demeure théorique.

C’est un projet que notre regroupement, le Conseil québécois des entreprises adaptées (CQEA) , a déposé il y a plusieurs mois. Le réseau souhaite créer 1000 emplois pour ces jeunes en 5 ans. Chez Groupe TAQ à Québec, on veut changer la vie de 150 jeunes et leurs familles.

On nous avait promis au printemps 2018 une Stratégie nationale pour favoriser l’intégration au travail des personnes handicapées. Et non, elle n’a jamais été déposée.

Chaque année au Québec, des milliers de jeunes personnes handicapées quittent les écoles spécialisées. La plupart vont alors s’inscrire à l’aide sociale et recevront des prestations pendant 30 ans, en moyenne. Elles resteront dans l’ombre de notre société toute leur vie.

La rareté de la main-d’œuvre est une magnifique opportunité pour briser ce cycle, pour certains d’entre eux.

Le train passe, qu’attendons-nous? Que les robots prennent leur place?

Gabriel Tremblay, Directeur général du Groupe TAQ