Lu Chan Khuong

Embarrassant

L'affaire «Lu Chan Khuong», si on peut ainsi la nommer, a pris une tournure embarrassante pour le conseil d'administration du Barreau.
Personnellement, je n'ai pas de sympathie particulière pour la bâtonnière «suspendue». Voilà qu'elle est la conjointe d'un avocat dont plusieurs discours me posent problème, et comme elle fait partie du même bureau, j'imagine qu'elle les partage probablement. Le conseil d'administration du Barreau vient de recevoir une rebuffade sans précédent de la part de l'assemblée générale, qui a voté à près de 70 % pour que la bâtonnière regagne son poste. L'assemblée a beau dire qu'il s'agit de recommandations, le poids et le contexte des recommandations sont ici très lourds. Si j'étais membre de ce conseil, je démissionnerais sur l'heure.
Le conseil d'administration a fait une erreur. Ce n'est pas la suspension qu'il aurait dû décréter. Il aurait dû réclamer une enquête pour connaître l'origine de la fuite et s'interroger pourquoi la fuite, illégale à mon sens, a pu être publiée. Car la possibilité de déjudiciariser un délit est une pièce importante de notre système judiciaire, et les règles qui l'entourent doivent être scrupuleusement respectées, peu importe qui est en cause. Le conseil aurait dû aussi s'interroger pour savoir si, dans ce cas-ci, l'élastique de la liberté d'expression par La Presse n'a pas été tiré bien au-delà de ce qu'autorisent nos institutions. 
Ce n'est pas ce qui s'est produit, et tout laisse croire que la suspension de la bâtonnière était davantage un lynchage politique qu'une défense de la mission du Barreau.
Le Barreau se trouve maintenant dans un cul-de-sac. La médiation entre les parties ayant échoué, la bâtonnière toujours suspendue, tout ce beau monde devant les tribunaux, l'assemblée générale réprouvant la décision du CA, il me semble ne rester que les élections pour dénouer l'impasse.
Par respect pour la démocratie qui est censée nous gouverner.
 
Michel R. Leclerc, Québec