Elle mendie notre humanité

L'histoire de madame Monique Hamel s'est tristement ajoutée à une liste trop longue de cas semblables.
Alors qu'elle aurait pu mettre fin à ses jours à l'abri des regards, madame Hamel a voulu crier au monde une «souffrance inutile d'aller mourir loin de sa famille». J'ai été ébranlé par la «douleur de sa colère». J'ai été secoué par le témoignage de Chloé Sainte-Marie lorsqu'elle dénonce ce qu'elle sait être de la «fausse compassion», ce triste mensonge. Elle m'a convaincu de saisir le témoin dans cette course à relais et obstacles qu'est «mourir dans la dignité».
Je vis depuis 20 ans avec une forme progressive peu sévère de sclérose en plaques. On s'est avec le temps apprivoisés. Je suis devenu très sensible à toute injustice, en particulier en ce qui a trait à la santé, à la vie, à la mort. J'ai tenté de rapailler mes idées chamboulées par des émotions marquées par l'indignation.
L'aide médicale à mourir n'est qu'un pas timide vers «mourir dans la dignité». C'est comme accorder à contrecoeur la permission de mourir aux personnes en fin de vie sous des conditions strictes devenant des embuches et empêchements dans trop de cas. Mourir dans la dignité devrait être un choix inaliénable à tous: jeunes, âgés aux prises avec des souffrances physiques ou psychologiques inhumaines, chroniques incurables, en s'assurant de ne pas oublier les personnes très lucides aucunement en fin de vie cruellement emmurées dans un corps qui répond absent. 
Il y a urgence d'actualiser la loi pour respecter tous ces gens qui souffrent en silence et leurs aidants. Mourir dans la dignité entouré de ses proches ne peut en rien être assimilé à un suicide. Aux nombreux discours savants sur l'éthique entourant l'euthanasie et le suicide, je ne peux qu'ajouter un sentiment pénible ressenti. Que dire à une personne souffrante qui après une longue lutte et de nombreux revers, épuisée, a senti la détresse morale s'installer à demeure? Contrainte au silence, elle n'a eu de cesse de revoir des paysages et les visages d'une vie entière pour finalement se soustraire au présent et se retirer dans un lieu sans repos, inaccessible à nous. Cette blessure profonde à l'âme. N'être pas entendue, respectée.
La mort peut être cette longue dérive des jours impuissants devant leur destin sans fin. Une éternité vertigineuse. Les mots ont perdu leur sens, désorientés devant l'insolence. La vie s'est depuis longtemps enfuie. Cette personne mendie notre humanité.
Jean-Claude Côté, Québec