L'auteure de cette lettre d'opinion rend hommage à Élise Paré-Tousignant.

Élise Paré-Tousignant: une ravissante musicienne

Oui, elle était un roc! C’est avec stupeur que j’apprends qu’Élise Paré-Tousignant a quitté ce monde, rapidement, j’allais écrire «efficacement», comme elle a toujours su faire.

Nous avons cheminé en parallèle. Nous sommes nées la même année, nous avons enseigné à l’École de musique avec le même bonheur, traversé les nécessaires évolutions de la Faculté, affronté les crises avec la même philosophie : un problème? trois solutions. «Trouves-tu qu’on devrait faire…?» me disait-elle. Ce n’était pas moi qui trouvais. Sa solution était rapide et efficace. Elle entrevoyait les développements de nouveaux programmes, en jazz, en éducation musicale, avec un réalisme prophétique. Elle a fait aimer le solfège rebaptisé «formation auditive» à des générations d’étudiants en musique !

Toujours disponible pour ses fonctions, discrète sur sa vie personnelle et familiale, c’est à peine si nous nous apercevions qu’elle avait mis au monde un nouvel enfant. En équilibre serein entre mission professionnelle et famille. 

Que la musique soit un puissant facteur de santé dans les relations humaines, elle y croyait à tel point qu’un jour, alors vice-rectrice aux ressources humaines à l’Université, elle m’a demandé si j’accepterais de faire une chorale avec les membres de son personnel, gangrené par de vives tensions. Une heure de chant choral par semaine, obligatoire pour tous, sur les heures de travail. Ils ont chanté ensemble, et redemandé à chanter ensemble pour elle lors de son départ.

J’étais chef du Chœur du Domaine Forget depuis neuf ans quand elle a pris en mains la direction artistique du Domaine. Jusqu’à son départ en 2001, elle m’a fait entièrement confiance. Sans que je m’en rende compte, elle aplanissait tous les inévitables pépins. La seule fois où nous n’avons pas été d’accord sur la programmation, ce fut lorsqu’elle m’a proposé de monter des extraits du Chant des forêts de Chostakovitch. En russe, c’est ravissant! Mais le texte à la gloire du communisme soviétique me semblait indéfendable. Elle a vite compris.

Organisatrice, visionnaire, en bonne mère de famille, Élise était une fine musicienne. Faire de la musique avec elle était un charme sans histoire. Elle a chanté dans l’ensemble vocal que je dirigeais à l’époque, modeste voix d’alto, impeccablement à sa place, efficace et stimulante pour les autres membres de son pupitre. De temps à autre, je l’ai entendue jouer du piano. La délicatesse de sa musicalité me touchait.

Elle avait fait le choix que je n’aurais jamais été capable de faire : administrer, pour que la musique soit… et la musique fut et continuera de ravir!

Chantal Masson-Bourque, professeure émérite, Faculté de musique de l’Université Laval