Il incombe au gouvernement provincial d’assurer l’accessibilité des services à la population autochtone urbaine, écrit l'auteure de cette lettre d'opinion.

Élections 2018: quelle place pour les Autochtones dans les villes?

Nous sommes souvent portés à croire que les Autochtones au Québec vivent tous dans les communautés (aussi appelées «réserves» au sens de la Loi sur les Indiens de 1876). C’est pourtant loin de la réalité. Bien que plus de la moitié des Autochtones vivent en milieu urbain, nous devons constamment sensibiliser les différents acteurs publics ou partenaires à cette réalité.

Des Autochtones sont nés dans la ville et y ont toujours vécu ou encore, ils choisissent de s’y établir par choix afin de poursuivre un projet de vie. La vie dans la ville est différente de celle en communauté, cette vie n’est pas plus simple ou plus difficile. Les défis sont tout simplement différents : racisme, pauvreté, insécurité, précarité, isolement, barrière de langue et méfiance envers les services publics pour des raisons historiques. En effet, nous nous heurtons à de l’incompréhension, de l’intransigeance et de la discrimination.

Il incombe au gouvernement provincial d’assurer l’accessibilité des services à la population autochtone urbaine. Pourtant, lors des campagnes électorales précédentes, la plupart des partis politiques sont restés muets sur les enjeux autochtones dans les villes au Québec. En effet, trop souvent les dossiers de revendications économiques et territoriales prévalent et contribuent à l’incompréhension du contexte global autochtone. Les Autochtones qui résident dans les villes et plus particulièrement les femmes, les aînés et les enfants souffrent de pauvreté et de discrimination dans l’indifférence. Ces enjeux de reconnaissance économiques et territoriaux sont essentiels, mais qu’en est-il des services directs à la population autochtone urbaine? Comment pouvons-nous souhaiter une pleine participation des Autochtones au développement du Québec si les écarts socioéconomiques entre ceux-ci et les Québécois ne cessent de s’aggraver?

Dans la foulée des audiences de la Commission Viens, il nous apparaît incontournable de s’intéresser sérieusement aux enjeux sociaux. Aujourd’hui, nous ne pouvons que constater qu’il existe bel et bien un fossé entre les Autochtones et la société québécoise. Collectivement, nous ne pouvons tolérer que l’inaction mène à une autre crise sociale de l’ampleur de Val-d’Or (2015) pour en faire une priorité provinciale. Bien que les progrès y soient, il va sans dire que le travail est loin d’être achevé. Le Québec doit assumer ses responsabilités et se faire un devoir d’assurer un meilleur accès aux services pour la population autochtone urbaine et ainsi, faire du Québec une société équitable pour tous.

Depuis 1969 au Québec, il existe la plus grande infrastructure de services urbains créée par et pour les Autochtones. Il s’agit des Centres d’amitié autochtones qui se retrouvent dans plus d’une dizaine de villes. Les Centres d’amitié autochtones sont des milieux de vie qui offrent des services de première ligne pour les Autochtones qui vivent hors communauté ou qui sont de passage dans les villes. Ils répondent aux besoins de cette portion grandissante de la population autochtone, que ce soit notamment par le biais de services innovants en santé, en petite enfance, persévérance scolaire ou encore du soutien à l’employabilité, pour ne nommer que ceux-ci.

Nous demandons donc aux partis politiques de s’engager à entretenir et à développer des partenariats durables avec le Regroupement des centres d’amitié autochtones du Québec pour offrir, de façon complémentaire, plus de services directs à la population autochtone urbaine. Et de notre côté, nous prenons engagement de fournir notre expertise et nos savoirs afin de co-construire avec vous des politiques publiques pertinentes à nos réalités.

Tanya Sirois, Innue de la communauté de Pessamit et résidente de Québec, Directrice générale du Regroupement des centres d’amitié autochtones du Québec