L'auteur de cette lettre d'opinion lance un cri du cœur au pape et à l’Église tout entière. «Le temps est venu d’accepter que les prêtres puissent se marier et que les femmes jouent un rôle égal à celui des hommes au sein de l’Église. Cessons une fois pour toutes cette hypocrisie», écrit-il.

Église: cessons cette hypocrisie

POINT DE VUE / Pendant ma tendre enfance, chaque dimanche, ma mère nous emmenait à la messe. Elle nous disait que cette cérémonie devait nous aider à réfléchir au sens de la vie.

Comme tant d’autres Québécois de cette époque, j’ai été baptisé, j’ai appris le catéchisme, j’ai suivi les cours de préparation au mariage. J’ai même suivi un cours pour accompagner les gens dans le deuil et envisagé un moment de m’inscrire à un autre pour devenir diacre. À mon école primaire, notre directeur — un clerc de Saint-Viateur — avait une préférence marquée pour la gent masculine. Un jour, m’ayant convoqué à son bureau, il en a profité pour me faire des compliments bien sentis. Le soir même, à la maison, lorsque j’ai raconté cet épisode, ma mère est devenue furieuse. Dès le lendemain, elle s’est présentée à l’école et a rencontré le directeur en question, intimant à l’individu de ne plus m’accorder une attention qui lui semblait inappropriée. Par la suite, lorsque je devais me rendre au bureau du directeur, j’ai toujours été accompagné de mon professeur. 

Ma mère était une femme avertie qui en valait deux, et elle semblait bien au fait des penchants que ressentaient certains religieux à l’égard des enfants qu’on leur confiait. Depuis l’âge de 12 ans, j’ai toujours fait du bénévolat auprès des gens défavorisés de notre société; j’ai assisté des célébrants lors de baptêmes, mariages et, trop souvent, lors de funérailles. J’ai aussi apporté mon aide à l’occasion de concerts classiques offerts dans des églises et divers événements de ma paroisse. J’ai toujours éprouvé un profond respect pour les gens qui avaient fait le choix de consacrer leur vie à Dieu. Lorsque j’évoque ma foi, ma famille, mes amis, des connaissances me demandent souvent : «Philippe, pourquoi es-tu croyant?» Tout simplement parce que j’ai toujours cru qu’il y avait quelque chose après la mort… 

Aujourd’hui, je voudrais lancer un cri du cœur. Un cri du cœur au pape et à l’Église tout entière. Le temps est venu d’accepter que les prêtres puissent se marier et que les femmes jouent un rôle égal à celui des hommes au sein de l’Église. Cessons une fois pour toutes cette hypocrisie.

Je comprends la société d’avoir une piètre opinion de la religion catholique malgré tout le bien qu’elle a pu apporter autrefois dans les secteurs de la santé, de l’éducation, de la culture. Cependant, l’Église n’a pas su évoluer au rythme de la société. Il est vrai que les innombrables drames sexuels qui font les manchettes ne sont pas l’exclusivité de la religion : ils sont légion dans bien d’autres sphères. Mais aujourd’hui plus que jamais, l’Église se devrait d’être un exemple pour tous. J’ai beaucoup réfléchi avant de rédiger ce texte. Je veux donner aux autres afin de contribuer à bâtir un monde meilleur pour les générations futures — comme les générations précédentes l’ont fait pour moi. Et en écrivant cela, je pense tout particulièrement à ma grand-mère Dupuis, à ma mère ainsi qu’à toutes ces femmes qui ont tant fait pour rendre notre monde meilleur. J’ai également une pensée pour mes défunts amis prêtres, les Legault, Poirier, Lacroix, et pour d’autres encore vivants : Bigras, Mongeau, Dubuc, Bérubé.... Je m’adresse à Mgr Lépine et à l’ensemble de l’Église, les implorant de réagir avant qu’il ne soit trop tard et que la désaffection à l’endroit de la religion catholique ne prenne une ampleur dévastatrice. Mon rêve serait d’aller voir le pape, accompagné de mon épouse, pour lui demander respectueusement de changer des choses, des choses essentielles et fondamentales dans cette Église dont il est la tête, le pivot et l’âme, en privilégiant l’égalité de la femme et de l’homme au sein de son institution, comme tant de gens s’efforcent de le faire dans notre société.