L’Université Laval annonce le remplacement des cartes d’identité en plastique de ses étudiants par une carte virtuelle pour le «développement durable», un geste «d'écologie de bout de chandelle», estime l'auteur de cette lettre.
L’Université Laval annonce le remplacement des cartes d’identité en plastique de ses étudiants par une carte virtuelle pour le «développement durable», un geste «d'écologie de bout de chandelle», estime l'auteur de cette lettre.

Écologie de bout de chandelle

Antoine Desgagnés
Québec
POINT DE VUE / L’Université Laval annonce fièrement faire un «pas de plus vers le développement durable» en remplaçant les cartes d’identité de ses étudiants en format plastique par une carte virtuelle. Contrairement à un appareil mobile, un bon vieux portefeuille n’a pas besoin d’une batterie chargée et d’un accès à Internet pour fournir la pièce d’identité nécessaire à une prestation de service. 

On perd ici en praticité, et pire encore, en liberté. Que l’individu ait ses papiers sur lui pour exister en société est une chose. Qu’il doive avoir un appareil mobile chargé et connecté en est une autre. L’université participe ici à une injonction technologique assez intense au nom du progrès et de l’environnement.

Remplacer une carte imprimée par les appareils mobiles pour des motifs de développement durable est de l’écologie de bout de chandelle et est franchement ironique. La quantité de matières plastiques et papiers utilisée pour fabriquer toutes mes cartes en tant qu’élève au secondaire, puis étudiant au cégep et à l’université est dérisoire par rapport aux emballages et sous-accessoires de mes appareils mobiles à travers les années. 

Et je ne parle même pas de la durabilité de ces produits ou des appareils en question. Les technologies mobiles actuelles posent un sérieux problème de développement durable. Cette écologie est en fait une économie de bout de chandelle puisque l’intérêt principal est de supprimer les coûts financiers associés à l’impression des cartes. De tels objets ont une utilité concrète contrairement à une pléthore de bidules promotionnels qui répondent à l’enjeu non existant de la visibilité de l’Université Laval. Ironiquement, se débarrasser de ça serait une superbe publicité. Mais ne sont-ce pas tous les petits gestes qui comptent en matière de développement durable? Absolument pas! Cet argument est absolument toxique puisqu’il consiste à bloquer les réflexions critiques sur les résultats de ces petits gestes, quitte à légitimer des actions contre-productives ou passer à côté d’actions plus efficaces.