Il faut amener les élèves à connaître et à comprendre les phénomènes religieux, dont celui de la transcendance, ainsi que l’athéisme et l’agnosticisme, font valoir les auteurs de cette lettre d'opinion.

Dynamitage du cours ECR: et après?

POINT DE VUE / Quand le ministère de l’Éducation abandonnera-t-il cette manie de prendre des décisions improvisées qui modifient les programmes d’études et le curriculum sans que soit fait un solide bilan de ce qui existe et justifié ce par quoi il faut le remplacer?

Ainsi, quel bilan du cours éthique et culture religieuse (ECR), prescrit depuis septembre 2008, le ministre fait-il? Qu’est-ce qui justifie son remplacement par un autre cours, dont on dira à coup sûr dans cinq ans qu’il est incohérent, que son contenu est inapplicable? Le ministre n’agit-il que pour satisfaire les lobbys ou des individus médiatisés qui donnent leur opinion sans avoir à l’argumenter? Et qu’en est-il du respect des enseignantes et des enseignants qui ont la responsabilité de ce cours et qu’il n’a pas daigné consulter? 

Volet culture religieuse

Faire disparaitre l’acquisition de connaissances historiques et anthropologiques sur les religions serait une erreur magistrale, car les religions font partie des cultures du passé et encore du présent, puisque, comme l’a fait observer Guy Rocher à la Commission parlementaire sur le projet de loi 21, on assiste partout dans le monde à une recrudescence du phénomène religieux. Celle-ci prend différentes formes, dont celle des intégrismes, que ce soit dans le judaïsme, l’islam ou le christianisme, avec de graves conséquences sur le vivre ensemble. L’Amérique du Sud, où la religion catholique a été vue par des secteurs importants de la population comme alliée du pouvoir politique et du capital, est envahie par des sectes millénaristes, plus ou moins intégristes (pentecôtistes, baptistes, évangélistes, etc.). Et que dire de la situation aux États-Unis ou même en Haïti, où s’est installée une nouvelle communauté de l’islam chiite! Il faut donc amener les élèves à connaître et à comprendre les phénomènes religieux, dont celui de la transcendance, ainsi que l’athéisme et l’agnosticisme. Dans quel cours conviendrait-il d’étudier ces phénomènes : histoire, éthique ou…? Cela doit faire l’objet d’un débat.

Volet éthique

La formation à l’éthique, entendue non pas comme un ensemble de règles de vie bonne ou de principes et de valeurs, mais comme la capacité de délibération et de débat en vue d’un agir individuel et collectif juste et tenant compte de la diversité des situations, est fondamentale. Ainsi comprise, l’éthique n’est pas qu’un des huit sujets traités dans le cours tel que l’a esquissé le ministre de l’Éducation (la participation citoyenne et la démocratie, l’éducation sexuelle, la citoyenneté numérique, l’éducation juridique, l’écocitoyenneté, le développement de soi et les relations interpersonnelles, la culture des sociétés, l’éthique), elle les sous-tend et les inclut. Quelle place devrait-elle occuper au primaire? Et, au secondaire, vaudrait-il mieux instaurer un cours de philosophie ou d’éthique? Cela aussi doit être discuté.

L’éducation à la citoyenneté (qu’il importe de mettre en lien avec l’écocitoyenneté) fait déjà partie du domaine de formation de l’Univers social qui comprend, au secondaire, les cours d’histoire et de géographie. De plus, il importe de ne pas sous-estimer la réflexion faite à travers le cours de sciences et technologies, mais aussi, et surtout, dans le cours de français par la lecture de textes littéraires qui mettent en scène le rapport à soi, le rapport à l’autre et à l’environnement, le bien et le mal, le vrai et l’erroné... Tous les cours du cursus contiennent ou devraient contenir une dimension d’éducation à la citoyenneté active et responsable.

Enfin, qui pourrait enseigner avec compétence le cours et ses huit thèmes proposés par le ministre? Personne, à moins de consentir au n’importe quoi pour faire semblant de répondre à des enjeux de société — qui, en outre, sont déjà pris en compte dans les domaines de formation et dans plusieurs cours du présent curriculum, si on se donne la peine de le lire. 

Tout en reconnaissant la pertinence de plusieurs critiques à son endroit, nous nous opposons au retrait du cours ECR sans un sérieux bilan préalable. Ensuite, il serait normal que soit menée une réflexion solide par des théoriciens et des praticiens sur la place de l’éthique au cours de la scolarité obligatoire afin que puisse être proposée une solution de rechange à ce cours. C’est seulement à partir d’une proposition articulée qu’on pourra procéder à une consultation utile. Toutefois, ce processus ne pourra se faire en quelques mois, si on est un tant soit peu sérieux et responsable. Faut-il rappeler que la mission de l’école est d’élever l’esprit pour mieux agir?

* avec la collaboration de Hugue Asselin, Jules Bélanger, Sylvain Dancause, Jean Danis, Judith Émery-Bruneau, François Lépine, Claude Lessard, Jeannette Pomerleau, Fikry Rizk, Jean Trudelle, tous membres du collectif Debout pour l’école!