Données personnelles, quel secret?

POINT DE VUE / Ce qui me surprend le plus avec la crise qui secoue actuellement le Mouvement Desjardins, c’est l’importance que l’on accorde à ces fameuses «données personnelles». En fait, je ne comprends pas pourquoi tant de gens se soucient que leurs nom, adresse et numéros de téléphone doivent être considérés comme des secrets à conserver sous voûte gardée et sécurisée.

On crie au meurtre quand une entreprise laisse «couler» des listes de clients, alors qu’on passe notre temps sur Facebook à tonitruer que l’on existe et à y publier volontairement une foule de détails, informations et photographies de nous, nos amis et nos connaissances, sans oublier nos intérêts, nos habitudes de consommation et peut-être nos opinions politiques.

Quand je paye avec une carte de crédit, son numéro y apparaît et peut être lu par n’importe qui. Si je paye par chèque, le numéro de mon compte, mes noms, adresses et coordonnées bancaires y figurent. Alors, de quelles données secrètes parle-t-on vraiment? Moi, ce qui est important pour moi et qui doit rester secret, ce sont mes mots de passe et codes d’accès, le reste je ne m’en soucie pas vraiment parce que je sais que des milliers de parfaits inconnus y ont accès chaque jour.

Autrefois, on pouvait retrouver l’adresse et le numéro de téléphone d’à peu près n’importe qui en cherchant son nom ou celui de ses parents dans le bottin téléphonique. Aujourd’hui, une partie de la population se refuse à cette forme de publicité alors qu’une autre la recherche. Est-ce qu’on sait vraiment ce qu’on veut et si c’est ce dont on a réellement besoin en termes de publicité de nos données personnelles?

Ma compréhension de ce dont nous avons besoin, c’est qu’avec l’impossibilité de rester anonymes dans nos sociétés modernes vienne en même temps l’impossibilité de se voir subtiliser notre identité, notre argent et les services auxquels nous avons accès. Actuellement, il est trop facile pour un fraudeur de se faire passer pour nous, c’est ce qui doit cesser et ce sur quoi les grandes entreprises, les institutions financières et les gouvernements doivent plancher. Parce que pour l’instant, paradoxalement, ce sont les gens qui priorisent l’anonymat qui sont les plus vulnérables au vol d’identité. Plus ils cachent au reste de la société leurs données personnelles, plus ils limitent les banques et les institutions dans leur capacité à valider avec qui elles transigent et plus ils s’exposent à voir leur identité utilisée frauduleusement.

À LIRE AUSSI: Ce qu’il faut savoir sur la fuite de données de Desjardins