«Il y a tant de raisons d'être fier des États-Unis que j'ai beaucoup de peine à voir un peuple vraiment grand sali par quelqu'un comme Donald Trump et ses partisans», dit un lecteur.

Donald Trump ne tombera pas

En réaction à l'éditorial de Pierre Asselin «Le début de la fin du président Trump» paru le 12 janvier
J'ai lu votre éditorial avec beaucoup d'intérêt. Cependant, en tant que citoyen des États-Unis, je pense qu'il vous manque certains éléments-clés de la psyché américaine en ce qui concerne le phénomène Trump.
Tout d'abord, je vous mettrais en garde contre toute tentative d'appliquer la logique ou un sens local de moralité et d'éthique à la pensée américaine. Étant familier avec les gens ici, je peux dire avec une certaine assurance que nous pensons très différemment, et que les différences entre nous sont substantielles. Si vous en voulez une preuve, testez les réactions des Québécois et des Américains à la photo d'un fusil, à une femme portant une burqa ou à un crucifix.
Indépendamment de la façon dont M. Trump a été élu, le segment de la société américaine qui a voté pour lui est maintenant obligé d'assumer le résultat - tout comme le Parti républicain d'ailleurs, dont plusieurs membres l'ont rejeté avec véhémence. Ils doivent maintenant eux aussi s'asseoir à sa table. 
Ce sont des gens qui restent silencieux face aux mensonges flagrants de Trump. Leur plus haut niveau de moralité est désormais de ne pas contester la vérité plutôt que de parler en défense de celle-ci. Au milieu d'un tel chaos, on aimerait que le sens fondamental du bien et du mal dont nous sommes tous imprégnés finisse par prendre le dessus; que les mensonges, les affronts aux femmes, aux minorités et aux immigrants, et une myriade d'autres transgressions nous apparaissent enfin inacceptables; que le bien prévaudra. Mais ce n'est pas toujours le cas. 
À mon avis, il y a deux problèmes avec la notion que Donald Trump pourrait être sur la voie d'une chute à court terme. Premièrement, les citoyens qui ont voté pour lui (les «Trumpites») sont alimentés par une haine aveugle de l'«opposition», et en ce moment, par l'euphorie éphémère qui accompagne la victoire. Leur acceptation du racisme, de la misogynie et de la xénophobie a trouvé son champion. Ils y voient une validation de leur choix. 
Le comportement déplorable de Trump n'est pas simplement ignoré, mais bien accueilli comme un reflet de leur propre comportement. Ils crachent dans la face de l'élite. Se gonflant la poitrine dans la croyance qu'ils peuvent seuls prendre crédit pour l'élévation de Trump, ils doivent rester fermement derrière lui, inconscients du fait qu'en libérant la bête, ils ne la contrôlent plus.
Cela nous amène au deuxième problème avec la prédiction de la disparition politique de Trump : les législateurs républicains. Contrairement aux Trumpites, beaucoup de ces hommes et ces femmes sont des gens bien éduqués, bien tenus et généralement raisonnables, à peine représentatifs de ceux qui ont envoyé Trump à la Maison-Blanche. 
Ce sont les traits qui les rendent beaucoup plus dangereux que leurs électeurs. Ils savent ce qu'ils font. Ils ont un ordre du jour, ils contrôlent la Chambre et le Sénat et, avec l'aide de M. Trump, ils prendront des mesures graves. Pour obtenir ce qu'ils veulent, les républicains au Congrès devront conclure des marchés avec M. Trump. Lui aussi obtiendra ce qu'il veut, selon son humeur, le dernier chuchotement dans son oreille, ou ce qu'il a vu à la télévision la nuit précédente. 
En ce moment, toutes ces personnes sont utiles l'une à l'autre. Ensemble, ils forment une tempête parfaite. Ainsi, indépendamment de ce qui peut advenir du dossier russe, des conflits d'intérêts futurs, des abus de pouvoir, du népotisme flagrant, des mensonges et des menaces, il est - et restera - leur homme.
J'espère sincèrement me tromper, que le bien prévaudra, que les législateurs américains reprennent leurs sens, et qu'un plus grand sens de la responsabilité sociale s'impose. Il y a tant de raisons d'être fier des États-Unis que j'ai beaucoup de peine à voir un peuple vraiment grand sali par quelqu'un comme Donald Trump et ses partisans. Et ce qui m'attriste le plus est l'exemple qui en ressort pour les enfants et le message que ce n'est pas seulement acceptable, mais louable de céder au côté obscur.
Joseph Ramunni, Québec