Selon les analyses du ministère des Finances, Ottawa pourrait accumuler les déficits tous les ans jusqu'en 2051, en poursuivant ses politiques actuelles en matière de dépenses. La conséquence serait désastreuse pour les finances du gouvernement fédéral : la dette s'alourdirait d'un montant additionnel de 900 milliards $.

Dix milliards de bonnes raisons de réduire notre dette publique

Nous sommes souvent amenés à croire à tort que la dette publique n'a pas d'importance. L'absence quasi complète de couverture médiatique à propos des récentes projections financières du gouvernement fédéral, parues le mois dernier, en est un bon exemple. Selon les analyses du ministère des Finances, Ottawa pourrait accumuler les déficits tous les ans jusqu'en 2051, en poursuivant ses politiques actuelles en matière de dépenses. La conséquence serait désastreuse pour les finances du gouvernement fédéral : la dette s'alourdirait d'un montant additionnel de 900 milliards $.
Bien qu'il y ait de nombreuses raisons de s'inquiéter de ces résultats à plus long terme, nous ne devons pas négliger les coûts tangibles et immédiats que la dette publique, tant au fédéral qu'au provincial, impose actuellement aux Québécois.
Pour une mise en contexte, considérons d'abord la hausse de l'endettement public global depuis 2007-2008, année où il a recommencé à grimper. À lui seul, le gouvernement fédéral a ajouté 211 milliards $ de nouvelles dettes. En considérant le montant de 62 milliards$ d'endettement additionnel provenant du gouvernement provincial, la dette nette combinée fédérale-provinciale du Québec totalise maintenant 324 milliards $. Cela représente 84 % du PIB de la province.
Mais au-delà de ces chiffres, ce qu'il importe de retenir est que cette dette publique entraîne des effets immédiats sous la forme de paiements d'intérêts. En effet, les gouvernements doivent faire des paiements d'intérêts sur leur dette de la même façon que les familles qui ont des intérêts à payer sur leurs dépenses effectuées à crédit. Les intérêts sur la dette publique ne sont pas discrétionnaires, contrairement à bien d'autres dépenses gouvernementales; ils doivent être remboursés. Et ils grugent les revenus du gouvernement, laissant moins d'argent pour d'autres priorités comme les soins de santé, les services d'éducation ou même l'allégement du fardeau fiscal.
En 2016-2017, les paiements d'intérêts sur la dette du gouvernement québécois s'élèveront à un peu plus de 10 milliards $, ce qui représente 10 % de ses revenus. En combinant ce montant aux paiements d'intérêts provenant de la portion québécoise de la dette fédérale, on en arrive à un fardeau global de 14,8 milliards $ qui devra être déboursé sans que les Québécois puissent obtenir de services en contrepartie. Cela excède le montant de dépenses publiques consacré annuellement à l'éducation primaire et secondaire (12,9 milliards $) de même que les pensions de retraite versées au titre du Régime de rentes du Québec (12,9 milliards $).
Une autre façon d'évaluer l'ampleur du fardeau de l'endettement public consiste à répartir le coût annuel du service de la dette sur le nombre d'habitants. Ainsi, on s'aperçoit que simplement rembourser les intérêts sur notre dette publique (fédérale et provinciale combinée) coûte l'équivalent de 1774 $ par Québécois. Cela représente plus de 7000 $ pour une famille de quatre personnes.
Il ne faut pas non plus oublier que ces paiements d'intérêts élevés existent en dépit de taux d'intérêt historiquement bas. Lorsque les taux d'intérêt augmenteront, le coût des emprunts des gouvernements grimpera également, ce qui exercera une pression à la hausse sur les paiements d'intérêts de la dette.
Enfin, s'il est vrai que le gouvernemental provincial  a su assainir ses finances publiques au cours de la dernière année, la partie est loin d'être gagnée. Les gouvernements de tous les paliers doivent profiter des faibles taux d'intérêt actuels pour réduire leur endettement, sans quoi d'importantes sommes continueront d'être versées inutilement en intérêts. Il y aura alors encore moins de ressources disponibles pour les baisses d'impôt et les programmes publics qui comptent aux yeux des Québécois.
Charles Lammam, directeur des études fiscales à l'Institut Fraser
Yanick Labrie, fellow senior à l'Institut Fraser