Direction de la santé publique, vaccins et parcours du combattant

POINT DE VUE / Je suis pharmacienne propriétaire depuis plus de six ans. Dans l’année qui a suivi l’ouverture de ma pharmacie, le CLSC de mon secteur a cessé d’offrir les services de prélèvements et de vaccination. Ayant des patients âgés et à mobilité réduite, j’ai vu l’impact que cette réduction de services a eu. Des patients diagnostiqués tardivement et des patients qui ne reçoivent pas leurs vaccins.

J’ai d’abord tenté d’appeler les personnes responsables de cette coupure de services et l’on m’a répondu que «s’ils peuvent prendre l’autobus pour aller jouer au bingo, ils peuvent bien prendre l’autobus pour aller au CLSC situé plus loin». 

Sauf que trois kilomètres c’est loin pour une personne âgée non motorisée. Je le sais, car ces patients, je leur parle, moi! J’ai alors décidé de travailler sur des alternatives abordables dans ma petite pharmacie. Ça ne pourra pas être gratuit, car l’infirmière doit être payée puisque nous n’avons aucune subvention, mais je ferai le maximum pour que ce soit abordable.

On m’a conseillé de contacter la Direction de la santé publique pour recevoir les vaccins gratuitement. L’idée, c’est de recevoir certains vaccins gratuitement pour ne faire payer aux patients que les frais d’infirmières et pas les coûts du vaccin. J’ai alors déposé une demande officielle auprès de la Direction de la santé publique.

Ça a pris plusieurs années avant que l’on me contacte. Finalement, en automne 2018, la Direction de la santé publique m’envoie une liste de choses à faire et ça devait être une question de quelques semaines pour pouvoir commander les vaccins. Nous avons suivi la liste des choses à faire et, 800 dollars plus tard, nous étions prêts. Après les en avoir informés, nous avons appris que finalement ils revoyaient la carte des sites de vaccinations et donc que rien ne se ferait cette année!

L’été 2019, nous recevons une «acceptation préliminaire de notre site de vaccination». Nous avons une nouvelle liste de documents à produire. Plusieurs jours de travail plus tard, j’envoie le tout. J’appelle à la DSP début septembre et l’on me rassure que je vais assurément recevoir les vaccins à temps cette année, qu’une personne va visiter mon site dans les prochaines semaines et que le supplice achève.

N’ayant toujours pas de nouvelles en octobre, je les recontacte et j’apprends que tout est encore mis sur la glace à cause de la supposée loi 31 et l’on me réfère à l’Association des pharmaciens propriétaires du Québec (l’AQPP). Je contacte l’AQPP et évidemment, comme prévu, ça ne relève pas d’eux. Il est évident que c’est la Direction de la santé publique qui détient les vaccins (et l’enveloppe budgétaire associée aux vaccins), pas l’Association des pharmaciens propriétaires du Québec! L’AQPP prend le temps de m’expliquer ce qu’il en est et je comprends que je ne suis pas seule dans ma situation. Je sais que l’AQPP travaille activement à favoriser plusieurs actes dont la vaccination couverte à 100% en pharmacie communautaire conformément aux principes d’universalité des soins.

J’avoue ne pas comprendre la Direction de la santé publique. La mission de la Direction de la santé publique n’est-elle pas de favoriser la santé publique? Pourquoi mettre des bâtons dans les roues des professionnels de la santé qui veulent pouvoir diminuer les coûts de la vaccination aux patients? Pourquoi chercher à nous faire acheter les vaccins pour nous obliger à les vendre aux patients alors que ces patients devraient avoir droit aux vaccins gratuitement? Ne sont-ils pas gratuits aux CLSC? Pourquoi aussi peu de respect des personnes qui tentent de répondre à un besoin de la population tout en minimisant les coûts pour cette population? Gérer les ressources en santé, n’est-ce pas devoir se concentrer sur l’intérêt des patients et l’accessibilité des soins?

Malgré tous nos efforts, nous ne vaccinerons donc pas cette année. Je devrai continuer de l’annoncer à chaque patient qui me posera la question. Et j’aurai un petit sourire quand je lirai quelque part que la Direction de la santé publique souhaite améliorer l’accès à la vaccination.