Des gens se recueillent au mémorial aménagé devant l'église de Saint-Étienne-du-Rouvray, en Normandie, où a été exécuté le père Jacques Hamel.

Dire son indignation, mais refuser la vengeance

En s'attaquant à un prêtre catholique âgé venu célébrer la messe dans une église de la paroisse d'une petite ville de Normandie, le groupe armé État islamique pose un acte symbolique dans ce qui s'apparente de plus en plus à une guerre de religions, du moins est-ce l'effet recherché. Devant cette horreur, on en peut s'empêcher de laisser monter en nous, croyants comme non-croyants, des sentiments légitimes de colère et de crainte.
Ces actes inhumains visent à s'attaquer à la société occidentale dont l'héritage culturel, politique et social repose en grande partie sur les fondements du christianisme. Le but recherché est de détruire le socle démocratique de ce qui est devenu une terre d'accueil pour des milliers de personnes en suscitant un mouvement de haine et de rejet de l'autre justifiant à son tour le recours à la violence. La folie en réponse à la folie.
S'il nous faut exprimer notre indignation face à cette barbarie, encore faut-il le faire avec dignité et en cohérence avec nos valeurs et nos convictions. Dès lors, deux voies s'offrent à nous. D'une part, appuyer l'État dans sa mission d'assurer la sécurité de la population tout en maintenant un oeil attentif à la sauvegarde des libertés démocratiques et des droits de la personne. D'autre part, et cela concerne surtout les croyants de toute confession religieuse, lutter contre le fondamentalisme qui menace toutes les religions.
Résistons à la tentation de la vengeance et du rejet de l'autre. À l'instar de l'iman Mohammed Karabila, ami du père Jacques Hamel assassiné, soutenons les initiatives visant à créer des ponts entre les religions. Ces ponts favorisent la volonté de vivre ensemble sur la base du respect des droits de la personne. Au final, les religions ont le devoir et la responsabilité de contribuer elles aussi à l'essor de la citoyenneté, prémisse de la fraternité humaine dont elles sont les porte-étendards.
Pierre Lefebvre, diacre
Répondant du dialogue interreligieux du diocèse de Québec