Les agressions à l'Université Laval rappellent que la question des violences sexuelles envers les femmes est loin d'être réglée, souligne l'auteur.

Difficile à croire?

Difficile de croire que nous sommes en 2016 pour peu que nous prêtions l'oreille aux nouvelles, où l'on voit et entend tant de témoignages de femmes victimes de violences sexuelles. Que ce soit les agressions à l'Université Laval ou cette jeune femme qui a pris son courage à deux mains pour dénoncer les graves comportements d'un député, tout nous rappelle que la question est loin d'être réglée.
Difficile aussi de ne pas dénoncer les commentaires désobligeamment anachroniques de certains politiciens comme Serge Simard, député libéral de la circonscription de Dubuc au Saguenay-Lac-Saint-Jean, qui déclare qu'il est impossible que cette jeune fille puisse reconnaître un élu. «Écoutez, les gens ne connaissent pas le nom de leur maire», a-t-il lancé, avec mépris, à la presse parlementaire, participant du même coup à ce qu'on en est venu à appeler la culture du viol.
On vous croit
Les survivantes d'agression sexuelle doivent composer, en plus de cette violence physique et psychologique, avec le déni, la culpabilisation et l'absence d'écoute. Pas étonnant qu'elles hésitent, justement, à dénoncer ces agressions dont elles ont été victimes et ces agresseurs qu'elles côtoient parfois encore au quotidien.
Ces femmes, ces battantes, ces survivantes ont besoin qu'on les croie. Qu'on les écoute et qu'on ne remette pas en question leur habillement le jour de l'agression, leur perception de la gravité de l'événement, leur attitude, leur consommation d'alcool ou leur capacité à reconnaître les élus de l'Assemblée nationale. Nous, on les croit.
Moins de mots, plus d'action
Chaque fois que ces histoires horribles sont révélées au grand jour, les dirigeants en place promettent d'agir et se désolent pour le sort des victimes. À force de les entendre, ces paroles sonnent de plus en plus creux et résonnent d'un manque d'empathie particulier, tant de la bouche du recteur de l'Université Laval que de celle du premier ministre du Québec.
Ce dont nous avons besoin, c'est d'un véritable plan d'action, d'une stratégie gouvernementale pour prévenir et contrer les violences sexuelles. Nous en avions besoin déjà, il y a trois ans, alors que le gouvernement en annonçait la mise en oeuvre. En trois ans, ce sont plus de 16 000 crimes à caractère sexuel qui ont été signalés à la police. Comme on estime que 5 % des victimes seulement portent plainte, elles et ils seraient plus de 320 000 à avoir subi une forme d'agression sexuelle.
Nous ne voulons plus attendre. Nous ne voulons plus entendre ces histoires d'horreur qui affligent encore aujourd'hui trop de femmes au Québec. Nous ne voulons surtout plus nous taire. Nous prenons la parole, nous croyons les victimes, nous avons besoin d'un changement radical. Nous voulons arriver en 2016.
Diane Courchesne, Comité de la condition des femmes de la CSQ