L'exode des médecin consécutif à la loi 20 et la désorganisation du suivi des patients inquiètent beaucoup la docteure Louise Côté, qui considère prévisible le naufrage des soins en CHSLD.

Deux bains ne suffisent pas pour éviter le naufrage

Le ministre Barrette, avec sa loi 20, a oublié les patients en CHSLD. Vous en avez enfin entendu parler cette semaine: l'obligation des omnipraticiens à faire de la prise en charge en clinique, avec pénalités prévues si les cibles n'étaient pas atteintes le 31 décembre 2017, est en train de vider les CHSLD de leurs médecins. Les médecins n'ont plus l'obligation de travailler en CHSLD car dans la loi 20 les patients en hébergement ne sont pas comptabilisés dans la prise en charge en communauté.
Plusieurs patients en CHSLD n'ont donc plus de médecins traitants. Les équipes médicales restantes sont fragiles, voire brûlées, et menacent à leur tour de partir s'ils n'ont pas d'aide et de relève. Ils pratiquent dorénavant une médecine où l'on éteint les feux, voire une «médecine d'urgence» en CHSLD, où les contacts avec les patients et familles doivent être plus rapides, ce qui n'est pas compatible avec la réalité des patients à ce stade de leur vie. 
Pourtant, les patients en CHSLD sont vulnérables et nous arrivent de plus en plus précaires. Ils nécessitent des soins et des ajustements fréquents de leur traitement ou de leurs soins de fin de vie. Ceci requiert une équipe de soins, dont le médecin fait partie. Le ministre Barrette, de par ses dires et agissements, ne semble pas considérer l'importance des médecins en CHSLD. Notre population vieillit et les patients en CHSLD ont tout autant droit à un médecin de famille, sinon plus, que les patients fonctionnels vivant dans la communauté. Le ministre Barrette devrait réparer cette faille dans sa loi 20.
Détérioration des soins
Au problème de manque de médecins s'ajoute le problème de l'organisation des soins en hébergement, qui affecte directement la qualité des soins. On constate ceci depuis les coupures de 2010 avec une accentuation de cette détérioration depuis la création des CIUSSS et CISSS en 2015. En effet, la qualité du suivi des patients par le personnel soignant s'est détériorée par des mauvaises prises de décisions administratives et des règles syndicales. Le personnel travaille d'arrache-pied avec tout son coeur et son bon vouloir, mais comment peut-il faire un bon suivi du patient s'il est sur une unité différente à chaque jour, s'il est en temps supplémentaire et fatigué, s'il a trop de patients à sa charge, en plus de tous les documents et les rapports qu'il doit remplir au quotidien. 
Le personnel n'a pas toujours le support nécessaire, et les décideurs ne sont pas sur place pour comprendre l'ampleur de la situation. Certaines administrations mettent les efforts pour améliorer les soins, dans les limites de leur budget, mais ce n'est pas suffisant. Le personnel soignant ne connaît plus les patients comme auparavant et c'est le suivi et les soins qui écopent. De plus, depuis les dernières années, l'espérance de vie des patients entrant en CHSLD a diminué considérablement, car ils arrivent à un stade plus avancé de leur maladie. Le roulement des patients est plus rapide, et le personnel est surchargé. Je pense que le système de soins en CHSLD ne répond pas encore à cette nouvelle réalité. S'il y avait de meilleures décisions administratives, une meilleure stabilité du personnel et organisation du travail, les soins seraient optimisés. Le ministre aurait intérêt à potentialiser cet aspect, peut-être plus que les bains!
Le ministre se trompe
Si le ministre Barrette pense que la mise en place de deux bains par semaine et la gestion de la santé des patients par les IPS (infirmières praticiennes spécialisées) vont régler le problème dans la prochaine année, il se trompe. Ces annonces sont de la diversion, pour contrer aux manquements décrits ci-haut. Il faut dire que les bains sont quand-même plus que bienvenus pour le confort de nos patients. 
Pour ce qui est des IPS, ils et elles seront accueillies à bras ouverts pour décharger la tâche des médecins, mais quand arriveront-elles vraiment? Il est évident que ça ne sera pas pour demain matin, avec environ 100 finissants et finissantes par année, et plusieurs sont non intéressées à venir travailler en CHSLD. Il faut aussi savoir que les IPS ne peuvent pas prescrire tous les médicaments pour le confort de fin de vie, ceci étant une tâche réservée aux médecins. Qui va les prescrire s'il n'y a plus de médecins? 
Par amour et par respect pour mes patients, nos pères, mères, soeurs et frères vivant en hébergement, je ne peux plus garder sous silence ce naufrage prévisible des soins en CHSLD. On ne sent plus l'humanité dans les soins en hébergement. Les CHSLD ne sont plus des «milieux de vie.» L'exode des médecin dû à la loi 20, et la désorganisation du suivi des patients m'inquiètent beaucoup. C'est le personnel soignant, des préposés aux infirmières, qui est en contact étroit avec les patients, et qui constate dans bien des cas mieux que le patient lui-même que quelque chose ne va pas. Les bons soins commencent à ce niveau. Le patient en CHSLD a droit à un bon suivi infirmier et médical, en équipe stable, surtout lorsque celui-ci entame sa fin de vie. Avec notre population vieillissante, la situation des CHSLD fait peur. J'espère que le ministre Barrette, s'il respecte le moindrement les patients en hébergement, corrigera le tir.
Louise Côté, MD, chef du service d'hébergement Orléans-Beaupré, CIUSSS de la Capitale-Nationale