L’Université Laval

Des universités québécoises exsangues

La fermeture du Centre de recherche interuniversitaire en littérature et culture québécoise (CRILCQ) de l’Université Laval, aussi tragique soit-elle, est malheureusement peu surprenante.

Elle s’inscrit d’abord dans la désolidarisation de la société et du Ministère de l’Enseignement supérieur envers la formation générale au collégial. Tandis que les programmes professionnels prolifèrent comme des champignons, les cours de littérature et de philo subissent des pressions incroyables de la part des établissements d’enseignement pour adapter leurs contenus aux compétences des autres programmes. Enseigne La maladie de Sachs aux futures infirmières et Le tour du monde en 80 jours aux étudiants en tourisme, parce qu’en 2018, la littérature, faut «quossa donne que’que chose».

Pendant ce temps-là, toujours dans les collèges, les départements de lettres deviennent «arts, lettres, théâtre, cinéma et cuisine» (j’exagère à peine), et de deux cohortes de 45 étudiants en littérature il y a dix ans, on est passé à une cohorte de 25. On ne compte plus les collèges fermant leur programme exclusivement littéraire. Après cela, combien d’étudiants s’inscrivent en lettres à l’université, d’après vous?

Toujours selon cette logique comptable qui se méfie du savoir fondamental au profit de la pratique et de la productivité, la fermeture du CRILCQ de l’Université Laval n’est certainement pas étrangère au sous-financement des universités québécoises durant la dernière décennie, aux coupures de nombreux programmes gouvernementaux d’aide à la recherche, et à tous les problèmes identifiés lors de la crise étudiante de 2012, qui n’ont jamais été réglés. L’État a bien soigneusement scellé la dalle sur la masse des coquerelles, pour poursuivre bien à son aise son travail de déstructuration. La menace que le gouvernement Couillard laisse planer sur l’Association internationale en études québécoises n’est qu’un autre exemple parmi tant d’autres de ce désinvestissement envers le savoir.

Une société qui pense de moins en moins... À qui le crime profite-t-il, d’après vous?

Marie-Ève Sévigny, écrivaine, directrice de La Promenade des écrivains, Québec