Des tirelires vides

Je me souviens du temps où je passais l'Halloween de porte en porte. Je portais fièrement une citrouille en plastique à la main et une tirelire de l'UNICEF autour du cou.Bien sûr, comme tous les enfants, mon but premier était d'amasser le plus de bonbons possible. À la fin de la soirée, je rapportais deux récipients bien remplis, car les gens avaient l'habitude de donner d'une main des friandises et de l'autre de l'argent. Plusieurs cents noirs s'y empilaient assurément, mais au moins, j'avais la fierté de rapporter ma boîte pleine le lendemain à l'école. Depuis quelques années, et cette année davantage, mes élèves de 3e année ont rapporté la majorité des tirelires vides ou presque vides. Plusieurs semblaient remplis de remords, me remettaient leur boîte la mine basse et je sentais planer un malaise quand ils la déposaient.
Moi-même, en remettant l'ensemble des boîtes au directeur, je me sentais habitée par des sentiments de déception et de tristesse envers les enfants malades, car cette année, l'école avait choisi de donner à Opération Enfant Soleil. Je suis consciente que les gens sont sollicités de part et d'autre et qu'ils donnent d'autres façons probablement. Ce qui me chavire, c'est que les gens investissent des centaines de dollars pour décorer les maisons et acheter des bonbons. Et les boîtes sont vides ou presque vides! Je me questionne sur les valeurs et les priorités de cette fête. Si ces centaines de dollars étaient investis aux bons endroits, les centres hospitaliers et les centres pédiatriques pourraient les utiliser à bon escient, et en fin de compte, ce serait les enfants malades, les vrais, pas ceux qui ont trop mangé de bonbons, qui en bénéficieraient. Comme j'habite un quartier où les enfants ne passent pas l'Halloween, j'ai mis quelques pièces de monnaie dans l'une des boîtes. Mais en relisant mon écrit, je sonne à la porte de ma générosité et, de ce pas, je m'en vais faire un don. Et si vous en faisiez autant?
Johanne Fournier,enseignante
Québec