Des tactiques antidémocratiques à Lac-Beauport

Les choses ne vont pas bien pour le maire de Lac-Beauport, Michel Beaulieu. Vraiment pas bien. Sa prise de position originale vis-à-vis d’un projet au Mont-Tourbillon sur les terrains de son ami et partenaire d’affaires Michel Noël semble le pousser à prendre de drôles de positions. La séance du conseil du 3 juillet a donné lieu à de graves outrages à la démocratie.

D’abord, sans crier gare, on retire quelques points de l’ordre du jour, dont la période de questions prévue pour les citoyens en début de rencontre. On ne garde que la dernière possibilité, prévue pour poser des questions sur les sujets discutés pendant la réunion. Tollé général. Au point où le conseiller Girard a demandé une suspension de la séance pendant une heure pour que les gens se dispersent. Toute cette tactique était attachée avec des câbles : on souhaitait épuiser les citoyens et espérer que plusieurs d’entre eux partent. Dans cette salle comble — il y avait des gens debout à l’arrière —, très peu l’ont fait.

Qu’à cela ne tienne. Le Conseil vote une résolution pour museler toute critique: on mandate un avocat pour entreprendre des poursuites en diffamation contre un citoyen et on précise que le mandat vaut pour toute action future relativement à ce sujet précis des constructions au Mont-Tourbillon. Cette motion bâillon vise à intimider pour tuer dans l’œuf toute tentative d’opposition aux désirs exprimés par le maire. Un citoyen a souligné l’inacceptabilité de la chose et a demandé que le libellé de la motion soit amendé pour retirer ces propos antidémocratiques. 

Aucune réponse de la part du maire ou de ses conseillers. Sur l’insistance de la salle, le maire s’est ridiculisé en marmonnant du bout des lèvres qu’il s’agissait d’une «suggestion intéressante» et qu’il fallait y réfléchir! Menacer les voix d’opposants de poursuites devant les tribunaux est le type de comportement que l’on reproche à certains États. La démocratie à Lac-Beauport en est-elle rendue là?

Plus tard, la conseillère du secteur d’où s’est levée la très forte opposition à cette construction d’immeubles à logements multiples a été interpellée. Allait-elle représenter la voix des citoyens de son quartier? Sans trop de surprise, elle a refusé de prendre un tel engagement. Devant l’insistance de la personne qui l’interrogeait, le maire a qualifié cette exigence de représentativité en la qualifiant ainsi : «C’est du grand n’importe quoi»...

Confronté à une étude de planification de la gestion des eaux à laquelle la Ville a contribué et dont elle est dépositaire, le maire a joué la carte de l’ignorance. Il est intéressant que cette étude présente une carte — distribuée en salle et aux conseillers — qui démontre que le projet controversé se situe dans un secteur à très faible potentiel du point de vue de l’approvisionnement en eau.

Lorsqu’il a été question de qualifier des permis dont le propriétaire du golf se sert pour amorcer les travaux d’aménagement du site où seront construits les immeubles à appartements honnis, le conseiller Gilbert, pourtant présent lors de l’attribution dudit permis, plaidait lui aussi l’ignorance du sujet. L’oubli et la vie municipale... que de souvenirs!

Tellement peu sûr de ses moyens, le maire a refusé de présider la séance! Il a laissé son homme de main, le même conseiller Gilbert, essuyer la vague à sa place.

Et pourquoi donc une firme privée de sécurité bien connue à Québec avait-elle été engagée? Était-ce pour démontrer qu’on était prêt à tout pour s’assurer que les citoyens gardent leur rang? Le fourgon noir et jaune était garé bien en vue, non pas dans une case, mais en diagonale au bout du stationnement, un individu à la carrure d’un videur de bar faisant ostensiblement les 100 pas le long de son véhicule, vraisemblablement prêt à intervenir.

Et tout ça parce que le maire a démontré qu’il tenait à favoriser de façon abusive — en allant jusqu’à changer les règles du jeu en modifiant le plan d’urbanisme et le règlement de zonage — un projet qui profitera à son ami et partenaire d’affaires, Michel Noël.

La vie politique municipale québécoise nous a donné, au cours des dernières années, les pires exemples de choses à ne pas faire. L’originalité à Lac-Beauport, c’est qu’on prend des tactiques antidémocratiques pour arriver à ses fins. Le ministre des Affaires municipales et de l’Organisation du territoire ne devrait-il pas s’intéresser à cette situation?

Denis Boulanger, Lac-Beauport