«Nos deux organisations ont décidé de former une alliance en vue de ces négociations, qui commenceront d’ici quelques semaines [...] Quoi qu’en dise M. Legault, l’APTS et la FIQ ne représentent pas leurs propres intérêts dans ces négociations, mais celui de 131 000 professionnel·le·s en soins ainsi que professionnel·le·s et technicien·ne·s qui travaillent dans le réseau de la santé et des services sociaux», indiquent Nancy Bédard et Carolle Dubé de l’Alliance APTS-FIQ.

Des négos de bonne foi, SVP!

POINT DE VUE / Dans une récente sortie pour le moins inhabituelle, sinon carrément mal venue alors que les négociations avec le secteur public ne sont même pas officiellement entamées, le premier ministre François Legault a pris à partie les syndicats, leur prêtant l’intention de vouloir faire main basse sur les surplus dans leurs propres intérêts et au détriment de l’ensemble des Québécois·es. Son intention à lui? Utiliser les surplus pour réaliser les promesses électorales de la CAQ.

De tels propos nous poussent à réagir vigoureusement. Nos deux organisations ont décidé de former une alliance en vue de ces négociations, qui commenceront d’ici quelques semaines. Nous serons d’emblée très claires. Quoi qu’en dise M. Legault, l’APTS et la FIQ ne représentent pas leurs propres intérêts dans ces négociations, mais celui de 131 000 professionnel·le·s en soins ainsi que professionnel·le·s et technicien·ne·s qui travaillent dans le réseau de la santé et des services sociaux.

Ces 131 000 Québécois·es — dont près de 90 % sont des femmes — portent le réseau à bout de bras depuis des années pour offrir des soins et des services de qualité à l’ensemble de leurs concitoyen·ne·s. Des soins et des services que la population apprécie; une population qui sait reconnaître la valeur et le mérite de leur travail. D’ailleurs, si le réseau s’attire encore autant de confiance, c’est en grande partie à elles et à eux qu’on le doit.

Ces 131 000 travailleur·euse·s ont payé très cher — de leur niveau de vie, de leurs conditions de travail et même de leur santé — les mesures d’austérité que les gouvernements successifs leur ont enfoncées dans la gorge ces dernières années. L’austérité, c’est sur leur dos qu’elle s’est faite : compressions budgétaires, surcharge de travail, temps supplémentaire obligatoire, pénurie de personnel, etc. Le thème qu’ils et elles ont choisi pour ces négociations est d’ailleurs évocateur à cet égard : «Travailler à se rendre malade, c’est terminé!»

Ce que nous réclamons aujourd’hui en leur nom, c’est une juste reconnaissance du rôle essentiel qu’ils et elles jouent dans le réseau. Et cette lutte que nous menons pour l’obtention de meilleures conditions salariales et de travail vise également à s’assurer de fournir à nos membres les moyens nécessaires pour offrir des soins de qualité, sécuritaires et accessibles, à la population.

Faut-il rappeler que le premier ministre reconnaissait dans son discours du trône, l’automne dernier, que les employé·e·s du réseau avaient été «durement éprouvé·e·s» et que son nouveau gouvernement comptait avancer avec eux·elles «un pas à la fois, main dans la main» pour «améliorer concrètement la situation». Avec sa récente sortie, on en est loin. On est surtout loin d’une dynamique de négociation constructive.

Ce que nos gens souhaitent, ce n’est pas le beurre et l’argent du beurre. Ils demandent à négocier en bonne et due forme, comme le prévoient les règles et les pratiques d’usage. Ils demandent que l’exercice se fasse sous le signe de la bonne foi et non sous la forme d’un itinéraire tracé d’avance et dont la destination est déjà fixée : «Chers passagers, serrez-vous la ceinture, l’atterrissage se fera au même endroit : l’austérité».

On invite donc le premier ministre à une plus grande retenue et à ne pas court-circuiter le jeu de la négociation. Par respect pour les Québécois·es qui travaillent dans le réseau et qui veulent non seulement améliorer leur sort, mais aussi contribuer à un meilleur système de santé et de services sociaux.