Le transfert de ces deux morses de Québec vers Vancouver a provoqué une levée de boucliers que s'explique mal l'auteur de la lettre.

Des morses bien traités

Les morses peuvent accoucher une fois tous les deux ans. L’ovulation est suspendue durant l’allaitement. Les mères s’occupent des petits pendant plus d’un an avant le sevrage, mais les jeunes peuvent passer jusqu’à trois à cinq ans aux côtés de leur mère avant de s’intégrer dans un groupe. Logiquement, des morses de 19 mois pesant plus de 240 kilos sont sevrés.

Le succès de reproduction à l’Aquarium de Québec démontre la qualité de l’environnement offert aux morses. Les soins apportés aux morses d’aquarium sont exceptionnels notamment dans la communication homme-animal. L’être humain constitue donc leur seconde colonie. Le groupe de défenseurs des droits des animaux de Vancouver réagit de façon nettement excessive en jugeant le transfert des jeunes morses de Québec à Vancouver de cruel. Pourquoi?

L’animal de compagnie en milieu urbain s’est élevé progressivement au niveau du rang des humains et bénéficie au XXIe siècle de salons de beauté, de boutiques de vêtements, d’hôtels, de parcs canins, de cimetières, etc. Les sociétés modernes adoptent de plus en plus un comportement respectueux du bien-être animal. Les techniques d’élevage des animaux de boucherie et animaux à fourrure, le trappage des animaux sauvages, la chasse aux blanchons, les usines à chiots, les conditions d’élevage des animaux de laboratoire, etc., ont tous été améliorés. 

Le gouvernement du Québec a même adopté en 2015 la loi 54 pour reconnaître que les animaux domestiques et d’élevage ne sont pas des biens de consommation et que leur bien-être doit être pris en considération. Même le pape juge maintenant que les animaux ont droit de cité au ciel. Le souverain pontife témoigne ici d’une tendance mondiale lourde de notre société envers les animaux. La capture et la détention en captivité de mammifères marins doués d’une grande intelligence sont donc un sujet sensible. 

À mon avis, cette hyper conscientisation du bien-être animal ne doit pas devenir dogmatique au point de ne pas juger du contexte propre à chaque situation. Nous devons reconnaître que les experts de l’Aquarium de Québec ont une compétence qui doit être citée en exemple plutôt que décriée. Bravo pour cette expertise québécoise reconnue hors frontière. 

Simon Théberge, biologiste, Québec