Un jour après l'incendie qui a ravagé le Musée national du Brésil, le bâtiment et son contenu est dans un très mauvais état.

Des larmes pour Luzia, ou pour notre indifférence?

J’ai appris dans les journaux, comme nous tous, le sinistre qui a ravagé le Musée national du Brésil, à Rio de Janeiro, le 2 septembre dernier. Quelque 20 millions de pièces archéologiques et anthropologiques, dont le squelette de Luzia, l’un des plus anciens fossiles humains jamais découverts, ont été la proie des flammes. J’imagine l’horreur qui nous saisirait tous si un tel sort nous privait d’un de nos musées nationaux, ou de n’importe quel autre de nos trésors patrimoniaux. Rappelez-vous seulement l’embryon d’angoisse lors de ce début d’incendie au Musée de la civilisation de Québec, en 2014.

La réaction de quelques centaines de Cariocas, toujours selon les journaux, a été de descendre protester vivement contre les coupes budgétaires qui, d’après les officiels du musée, seraient responsables de cette catastrophe. La BBC rapporte même que les policiers auraient fait usage de gaz lacrymogène. Au-delà de cette manifestation de colère, c’est une indignation générale qui secoue le Brésil, la classe politique la première.

Il y a là une intéressante dissonance, qui me semble propre à l’ensemble de nos sociétés occidentales. La plupart d’entre nous, lorsqu’arrive le temps du budget, contemplent avec indifférence les montants accordés à la culture. Certains trouveront toujours qu’on dépense trop dans ce domaine, les deniers publics devant servir uniquement à financer «les vraies affaires». Quand un gouvernement doit procéder à des coupures, le domaine culturel est d’ailleurs, généralement, le premier visé. Semble-t-il que c’est précisément cette situation, exacerbée par la politique d’austérité de l’administration Temer, qui affectait le Musée national du Brésil.

Et pourtant, des centaines de personnes ont manifesté dans l’air âcre de fumée. Les politiciens, en porte-voix, se déclarent scandalisés. Mais où est donc cette nation scandalisée lorsque les organismes culturels crient au sous-financement et dénoncent les saignées qu’on leur inflige? Vivons-nous dans une si grande ignorance de ces richesses qu’il faut pareil désastre pour nous rappeler à quel point elles forgent ce que nous sommes, collectivement et individuellement? Car en cette époque où il est à la mode de parler d’identité et de culture, c’est aussi à cela qu’on réfère, aux artefacts, à l’histoire naturelle, aux œuvres des peintres et des sculpteurs.

Nos existences sont-elles si sérieuses et pressées que nous oublions, lorsque nous longeons nos musées, que nous avons des devoirs et des responsabilités envers cette part de nous-mêmes? Je n’irais pas jusqu’à prétendre que nous sommes collectivement hypocrites, que notre indignation face à un tel drame est injustifiée ou mesquine. Mais entre nos paroles et les actions concrètes que nous posons, quelque chose semble sonner faux.

Il y a fort à parier que cette tragédie va amener nombre de gens à redécouvrir (à travers la mémoire, en ce qui concerne les Cariocas) ce qui repose près d’eux, depuis peut-être une vie entière. Des choses sur lesquelles ils n’ont jamais posé les yeux. Il y a aussi de grandes chances que notre mode de vie soit en grande partie responsable de cette cécité qui nous empêche de voir la réelle valeur de notre culture. Toutefois, devons-nous toujours nous trouver au bord de la catastrophe, sinon avoir les deux pieds dedans, pour prendre conscience de l’importance que notre patrimoine a pour nous?

Qu’est-ce que, de notre insouciance ou de Luzia, nous pleurerons le plus?

Maxime Plamondon, étudiant à la maîtrise en études littéraires
Université Laval