Quand on annonce que les appels d'offres vont faire baisser le prix des médicaments, on ne parle que des génériques et non des novateurs, précise la pharmacienne Sarah Fizazi.

Des économies qui coûtent cher

Gaétan est bien content. La une de son journal disait que le gouvernement allait faire baisser le prix des médicaments et que le contribuable allait ainsi économiser des centaines de millions de dollars. Gaétan prend des médicaments pour le diabète et a hâte de voir si sa facture va baisser.
Il est vrai qu'en apparence ça semble être une bonne nouvelle. Malheureusement, les apparences sont parfois trompeuses.
Il y a deux catégories de médicaments : les novateurs et les génériques. Les génériques constituent 70,2 % du nombre de prescriptions, mais uniquement 22,4 % de la facture totale pour les médicaments. Les novateurs représentent 29,8 % des médicaments vendus, mais raflent 77,6 % de la facture. Quand on annonce que les appels d'offres vont faire baisser le prix des médicaments, on ne parle que des génériques. C'est le 22 % de la facture associée aux génériques qu'on veut faire baisser. Le 77 % associé aux novateurs, lui, n'est soumis à aucun contrôle de prix. Aucune mesure ne semble être en voie d'être prise pour contrôler ce 77 % des coûts...
Pendant que l'industrie générique est régie par des prix maximaux en tout genre et que des médicaments à quelques dollars doivent baisser leurs prix pour sauver un demi-dollar par ci et 25 sous par là, les novateurs commercialisent des médicaments qui coûtent plusieurs milliers de dollars par mois par patient! L'acharnement sur les génériques peut nous coûter cher comme contribuable. À force de baisser les prix, on finit par mettre en danger la disponibilité de certaines molécules qui ont l'avantage d'être peu dispendieuses et d'offrir un bon recul, car commercialisées depuis longtemps.
La nature a horreur du vide et c'est valable pour le monde pharmaceutique aussi. Quand les molécules peu dispendieuses sont en rupture de stock, il faut souvent aller vers des options novatrices beaucoup plus dispendieuses.
Lorsque Gaétan se présente chez son pharmacien, il apprend que son médicament générique pour le diabète est en rupture de stock. Le médicament qui coûtait moins de 5 $ par mois a fait l'objet d'appels d'offres. Le fournisseur qui a gagné en appel d'offres proposait de le fabriquer pour moins de 3 $, mais nous devons maintenant composer avec les problèmes d'approvisionnement reliés au fait que peu de compagnies en produisent.
Gaétan recevra finalement un médicament novateur qui coûte plus de 100 $ par mois. Comme celui-ci est novateur, pas d'appels d'offres ni de prix maximal et ,surtout, pas de ruptures de stock. Son diabète est maintenant de nouveau stabilisé avec son nouveau médicament à plus de 100 $ par mois.
Le contribuable non averti peut célébrer son 2 $ d'économie ou son 40 % de diminution des prix grâce aux appels d'offres comme le dira la une du journal local. 
Pour celui qui analyse le tableau global, on vient de perdre autour de 95 $...
Alors avant de fêter l'économie de plusieurs centaines de millions de dollars sur les génériques, y a-t-il quelqu'un qui pourrait nous dire combien de milliards supplémentaires en novateurs ça va nous coûter?
Sarah Fizazi, pharmacienne de Montréal, administratrice de la Fédération des pharmaciens du Québec