Bernie Sanders et Pete Buttigieg, arrivés en tête en Iowa, sont en bonne position pour remporter les deux premières places au New Hampshire et ainsi s’imposer comme de sérieux leaders.

Des démocrates divisés et indécis

POINT DE VUE / La deuxième étape de la course à l’investiture démocrate en vue de la présidentielle de novembre a lieu mardi au New Hampshire. Après les folkloriques caucus de la semaine dernière en Iowa, la «première primaire de la Nation», comme aiment la qualifier les habitants de ce petit État frontalier du Québec, revêt une importance capitale.

État parmi les 10 moins populeux des États-Unis avec environ 1,3 million d’habitants, le New Hampshire ne met en jeu que 33 des 3979 délégués qui se réuniront cet été à Milwaukee pour nommer le candidat qui affrontera le président Trump le 3 novembre. Il est néanmoins déterminant tant sur le plan de l’histoire américaine que dans la course encore jeune pour l’investiture démocrate. Des 17 derniers candidats qui ont conquis la Maison-Blanche, 14 ont remporté la primaire de leur parti au New Hampshire; les trois autres ont fini en deuxième place.

Que les candidats doivent s’imposer rapidement dans un État si petit et si peu représentatif de la diversité démographique du pays, dans une course qui ressemble à un interminable marathon, peut sembler secondaire. Mais bénéficier et entretenir une dynamique positive est une condition sine qua non pour l’emporter en définitive. En couronnant Jimmy Carter en 1976 ou Bill Clinton en 1992, le New Hampshire les a révélés à la nation entière et a contribué à leur succès électoral. Après un faux départ en Iowa en 2008, le républicain John McCain est parvenu à relancer sa campagne (et finalement remporter l’investiture) grâce à une bonne performance au New Hampshire.

Cette année, Bernie Sanders et Pete Buttigieg, arrivés en tête en Iowa, sont en bonne position pour remporter les deux premières places au New Hampshire et ainsi s’imposer comme de sérieux leaders. Un peu moins connue, Amy Klobuchar pourrait surprendre en finissant sur le podium. Pour Elizabeth Warren, ne pas finir dans le trio de tête serait assurément une déception. Pour le plus connu des candidats, Joe Biden, une autre contre-performance ce mardi après l’Iowa pourrait sonner le glas de ses ambitions présidentielles.

Selon nos observations sur le terrain, les campagnes les plus dynamiques sont celles des deux candidats de tête dans les sondages : Pete Buttigieg et Bernie Sanders. Si leur campagne suscite le plus d’enthousiasme chez les électeurs de l’État, elles représentent aussi deux options idéologiques bien distinctes. Par exemple, alors que Sanders est favorable à un système de santé universel qui éliminerait une bonne partie des plans fournis par les employeurs, Buttigieg veut au contraire s’assurer que les Américains aient le choix entre une option publique et privée.

Lors d’une soirée-bénéfice samedi à Manchester, où tous les candidats à la nomination du Parti démocrate se trouvaient, l’animosité était palpable entre les partisans de Sanders et de Buttigieg, qui étaient très nombreux dans l’amphithéâtre. 

Lors des différents rassemblements politiques, les candidats eux-mêmes ont échangé quelques coups. Sanders a accusé Buttigieg d’être à la solde de grands donateurs de l’industrie pharmaceutique, pour être à son tour accusé d’avoir un programme trop radical qui a très peu de chances de rallier l’ensemble des démocrates et d’être accepté par les élus du Congrès. 

L’écart considérable entre les ailes modérée et plus radicale du Parti explique en grande partie le caractère morcelé du champ démocrate et l’issue incertaine du processus de nomination en 2020. Une situation compliquée par le fait qu’il y a encore énormément d’indécis dans les rangs démocrates.

Cette année, l’urgence de battre Trump est un cri de ralliement partagé par les candidats à l’investiture démocrate. Il s’agit d’un élément fédérateur parmi les partisans des uns et des autres. Mais vu le fossé entre les ailes modérée et plus radicale au sein du parti, il reste à voir si le candidat choisi par les démocrates réussira à rallier tous les partisans et à les convaincre d’aller voter en nombre suffisant le 3 novembre, ce qui n’est pas acquis. 

Écrivant ces lignes à quelques centaines de mètres d’un rassemblement pour la réélection de Donald Trump en novembre 2020, force est de constater que les républicains sont unis, motivés, enthousiastes et qu’ils offrent un soutien quasi indéfectible au président. Et pour en remettre, les démocrates devront se mesurer à une campagne républicaine beaucoup mieux financée et organisée qu’en 2016. Il y a loin de la coupe aux lèvres pour les démocrates. 

*Les auteurs ont participé à une mission d’observation électorale au New Hampshire