Des chrétiens en fuite à Pâques

Des millions d’enfants célébreront Pâques dans la joie ce week-end, entourés d’amour et de kilos d’œufs et de lapins au chocolat. C’est une occasion propice aux réjouissances et à passer du temps en famille. Pour les chrétiens, Pâques marque aussi le plus important moment de l’année : c’est une période consacrée à la réflexion sur la souffrance, la mort et, surtout, la résurrection du Christ. Voilà ce que Pâques incarne pour les chrétiens du monde entier.

Toutefois, pour beaucoup, leur perspective est plutôt sombre. Selon diverses études, les chrétiens représentent environ 75 % de toutes les personnes persécutées dans le monde. Qu’ont-ils fait pour mériter cela? Il n’y a pas de réponse facile, mais l’histoire de Joseph et de sa famille, des réfugiés chrétiens syriens que j’ai rencontrés au Liban il y a trois ans, pourrait nous éclairer.

Comme beaucoup de chrétiens de Syrie, avant la guerre, Joseph n’avait pas de problème avec ses voisins ni avec le gouvernement au pouvoir. Il était un homme prospère, propriétaire d’un commerce comptant plus de 20 employés, la plupart musulmans. Les uns et les autres se respectaient et acceptaient leur différence de foi.

Lorsque la guerre civile a éclaté en 2011, tout a changé. Joseph a refusé de se joindre à la rébellion contre le régime syrien; il a été kidnappé et pris en otage jusqu’à ce que sa famille puisse payer la rançon. Pendant ce temps, ses biens ont été volés, son commerce détruit et des menaces ont été proférées, l’avertissant que si lui et sa famille décidaient de rester, ils seraient tués.

Ils ont fui jusque dans la vallée de la Bekaa au Liban, où des organisations comme CNEWA et l’Église locale leur sont venues en aide, ainsi qu’à des milliers de survivants des atrocités de la guerre.

Récemment, j’ai croisé Joseph ici, à Ottawa. Une paroisse catholique d’Ottawa avait réussi à le parrainer, lui et sa famille, pour qu’il puisse émigrer au Canada. Il m’a dit que cette fin de semaine, ils célébreront Pâques dans leur nouvelle demeure. Lui et sa femme ont trouvé du travail et ses enfants rattrapent trois années d’école perdues en raison de la guerre. Il ne comprend toujours pas pourquoi il a été ciblé et forcé de fuir son pays. La Syrie est la terre de ses ancêtres depuis l’apôtre saint Paul.

Joseph est convaincu que c’est grâce à sa foi qu’il a pu traverser cette épreuve sans perdre espoir.  Il affirme se reconnaître dans ce qu’a vécu Jésus à Pâques plus que jamais auparavant — le deuil de son ancienne vie, la peine, l’angoisse, la peur de l’inconnu et les moments de désespoir; tout cela, il l’a vécu. Aujourd’hui, pour lui et sa famille, Pâques revêt une toute nouvelle signification. Au Canada, ils ont trouvé une nouvelle vie, peuplée de nouveaux amis et d’un nouvel espoir, une vraie résurrection.

Personne n’a expliqué à Joseph les raisons pour lesquelles lui et tant d’autres chrétiens ont été chassés de leur maison. Elles sont multiples et complexes. Oui, il y a une montée d’extrémisme, de radicalisme et de terrorisme qui ne tolérera jamais le message d’amour que les chrétiens prêchent, que ce soit en Inde, au Pakistan ou en Iraq. La guerre offre à de nombreux groupuscules la possibilité de perpétuer la haine et la revanche. Sur son passage, elle fait naître de nouveaux ennemis et même une vision radicalisée du monde qui justifie le vol, l’enlèvement, le viol, la torture et l’assassinat.

Dans tout ce climat d’incertitudes, une chose est claire : il faut rassembler tous les gens de bonne volonté pour mettre fin à la guerre. Nous devons nouer des liens avec «l’autre» et accueillir des réfugiés et tous les gens vulnérables, peu importe leur religion, leur croyance ou leur nationalité. Il nous appartient, comme le préconise le pape François, d’ériger des ponts — pas des murs — entre les peuples.

Carl Hétu
Directeur national pour le Canada
Association catholique d’aide à l’Orient (CNEWA)