Des calèches d’un autre âge

Le 1er janvier 2020, les calèches seront chose du passé à Montréal et, en attendant cette date, son règlement sur les véhicules hippomobiles a été resserré (même si on doute qu’il soit appliqué rigoureusement).

Par exemple, les chevaux doivent être retirés de la circulation s’il fait plus de 28 degrés, ou 32 de température ressentie (au lieu de la norme de 32 degrés ou 40 d’indice humidex à Québec). En toute saison, les chevaux de Montréal ne peuvent être attelés plus de neuf heures par jour; ceux de Québec peuvent l’être jusqu’à 15 heures consécutives dans la période allant du 1er novembre au 30 avril.

L’autre jour, dans le Vieux-Québec, en voyant un cheval tirer une calèche par une température de 30 degrés sur le pavé brûlant, parmi les camions, les autobus et les autos parfois pétaradantes, je me suis dit qu’il serait grand temps que Québec emboîte le pas à sa rivale de l’autre bout de la 20.

Bien sûr, les chevaux aiment travailler et bouger, mais pas dans des rues envahies par le bruit et les gaz d’échappement des autres véhicules. Bien sûr, un policier est affecté à temps plein à la surveillance et à l’application du règlement — trop peu contraignant — sur les chevaux de calèche, mais ses pouvoirs sont largement insuffisants pour empêcher des accidents comme ceux qui se sont produits l’an dernier près du château Frontenac.

Le maire Labeaume affirme que les calèches existent depuis des siècles et qu’elles sont là pour rester parce qu’elles sont «dans l’ADN de Québec». Les défenseurs de l’industrie des calèches se réclament de la «tradition» et du «patrimoine» de la ville; ils font valoir le «charme romantique» des chevaux dans la vieille ville. Mais la tradition ne peut plus servir d’excuse pour maintenir les calèches dans les centres-ville. De nombreuses villes l’ont compris, notamment Barcelone, Londres, Toronto, et maintenant Montréal.

Le 28 juillet est la Journée mondiale d’action pour l’abolition de l’industrie des calèches.

On pourrait peut-être en profiter pour exiger de nos élus municipaux qu’ils mettent fin à cette pratique d’un autre âge.

Andrée O’Neill, Québec